Monsieur Moix,

Il y a un peu plus de deux semaines, devant le porte-parole du gouvernement, vous aviez proféré des accusations très graves à l’encontre des forces de l’ordre basées à Calais, affirmant avoir vu de vos yeux des policiers « tabasser des migrants » et « gazer leurs effets personnels ». Confortablement installé dans votre sedia gestatoria, du haut duquel vous dispensez mort médiatique et jugement moral, vous aviez alors jeté l’opprobre sur des hommes et des femmes qui peinent à gagner autant en un mois de dur labeur que vous en une émission. A la différence près que leur travail n’est, lui, pas salué par les applaudissements d’un public docile et obéissant aux injonctions du chauffeur de salle. On aurait pu croire que les réponses qui vous ont apportées le lendemain par la Préfecture de Pas-de-Calais auraient calmé votre courroux. C’était bien mal vous connaitre…

Depuis deux semaines, vous ne vous économisez pas pour dénoncer une nouvelle honte de la République et pour éviter que la France ne devienne une nouvelle fois ce qu’elle a été auparavant, à savoir une « machine à humilier les Juifs pendant la guerre, à humilier les Arabes dans les années 1960 ». Rien que ça !

Depuis deux semaines, vous multipliez les prises de paroles, les interviews, les tribunes dans des médias suffisamment naïfs pour voir en vous une grande conscience de notre temps, ou suffisamment à la peine pour imaginer que votre parole pourrait retenir ce qui leur reste de lecteurs.

Depuis deux semaines enfin, vous devenez d’autant plus hargneux et agressif que vous constatez le peu d’écho que vos accusations ont dans une opinion publique fatiguée des donneurs de leçons qui imposent aux gens du commun les conséquences de leur bonne conscience droit-de-l’hommiste et sans-frontiériste.

En 2015, vous étiez parmi ceux qui criaient sur tous les toits qu’ils étaient Charlie. Mais étiez vous Ahmed Merabet, Clarissa Jean-Philippe ou Franck Brinsolaro ? Étiez-vous en 2016 Jean-Baptiste Salvaing et Jessica Schneider ? Étiez-vous en 2017 Xavier Jugelé ? Je n’ose vous demander si vous êtes ces plus de 18 000 policiers et gendarmes blessés chaque année en service ou en mission. J’ose encore moins vous demander si vous êtes ces policiers à Calais, en sous nombre face aux milliers de clandestins, et victimes de menaces à l’arme blanche, de jets de pierre, d’outrages et de rébellion, qui sont logés dans des conditions dramatiques, éloignés de leurs familles. Pour eux, pas un mot, pas plus pour les Calaisiens. Pour eux, la seule chose que vous ayez en abondance: du mépris, à défaut de talent.

Mais que cachent ces attaques répétées ? Finalement une chose somme toute banale et trop communément partagées parmi les gens de votre caste. Vous faites partie de ceux qui considèrent que la France est une éternelle coupable sous prétexte, il est vrai, qu’elle a colonisé et pratiqué l’esclavage. Vous pensez, et c’est votre droit, que notre vieux peuple doit disparaître pour payer le prix de son infamie et faire ainsi place à l’arrivée massive de « ces Français de demain, nés à Kaboul, à Khartoum, à Asmara, et qui savent, ou sentent, que l’avenir n’appartient jamais à ceux qui, au lieu de dormir, surveillent leurs frontières en aboyant ».

Quel dommage de constater que ce n’est finalement pas un sentiment de bienveillance et d’humanisme qui vous habite mais bien une haine farouche de cette vieille France qui constitue pourtant votre audience chaque samedi soir. Quelle ironie de constater que votre foi en ce qui existe à l’extérieur de nos frontières ne cache au fond qu’une volonté de purger ce qui se trouve à l’intérieur.

Je ne peux qu’espérer que ce gouvernement saura se souvenir des mots de Louis XIV, dans ses mémoires pour l’instruction du Dauphin : « il faut de la force assurément pour tenir toujours la balance de la justice droite entre tant de gens qui font leurs efforts pour la faire pencher de leur côté ».

Cordialement,

Signé : quelqu’un pour qui vous n’aurez sans doute aucune considération.