Les fake news ne sont pas là où on le croit

Lors de ses vœux à la presse, le Président de la République a fait part de son souhait de faire voter une loi contre les fake news sur internet, l’esprit encore tourné vers les prétendues ingérences russes qui auraient facilité l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis ou qui auraient pu menacer la sienne en France.

A priori, l’effort est louable : assurer une plus grande transparence dans la diffusion de l’information et dans la vérification des sources. Quel dommage néanmoins de ne pas l’appliquer aux médias qui auraient un grand besoin qu’on leur réapprenne leur métier. Quel dommage néanmoins de ne pas faire un sort à ce qu’Huber Beuve-Méry, fondateur du quotidien de « référence » Le Monde, appelait « la subjectivité honnête » des journalistes.

Car l’urgence première n’est pas forcément à la lutte contre la diffusion de fausses informations sur internet ; média, selon le sondage portant sur la confiance des Français dans les médias réalisé par Kantar, dans lequel à peine 25% des Français ont confiance, le reste sachant pertinemment être exposé, notamment sur les réseaux sociaux, à des rumeurs, des contrevérités, des opinions habillement, ou même grossièrement, maquillées en faits avérés.

Non l’urgence est bien ailleurs. Elle est dans le traitement quotidien de l’information par les mass medias, elle est dans la « consanguinité » médiatique, la pensée unique et allègrement relayée et légitimée, l’orthodoxie diversitaire et progressiste comme unique clef d’accès au débat public, en dépit de la réalité quotidienne de leurs lecteurs ou auditeurs. Elle est enfin dans la défiance grandissante des Français envers leurs médias qui en résulte. En 2016, selon l’enquête citée plus haut, moins de la moitié des Français faisait confiance à l’information contenue dans leurs journaux ou à la télévision et près de 75% d’entre eux estimaient que les journalistes ne résistent ni aux pressions politiques, ni aux pressions de l’argent. Mais l’urgence est apparemment ailleurs, du côté du Kremlin surtout.

Et comment ne pas comprendre cette défiance… Un exemple, marquant plus qu’aucun autre, suffit à en prendre la mesure. En décembre 2016, alors que les yeux du monde sont tournés vers Alep et que la guerre civile fait rage en Syrie, Yves Calvi, pourtant journaliste de qualité, anime sur LCI une émission intitulée « Alep seule au monde ». Y sont invités des spécialistes – des vrais, pas ceux que l’on entend ergoter quotidiennement sur BFM ou endoctriner sur France Inter – à savoir le général Vincent Desportes, ancien patron de l’Ecole supérieure de Guerre ; Frédéric Pons, journaliste et professeur à Saint-Cyr, et Frédéric Pichon, auteur de « Syrie, pourquoi l’Occident s’est trompé ». Et alors que l’animateur s’en donne à cœur joie sur la ville martyr et sur le terrorisme d’Etat du régime syrien (qui n’a rien de démocratique certes), quelle ne fut pas sa surprise d’entendre ses invités affirmer en cœur que ces bombardements, pour effroyables qu’ils soient, ne concernaient pas la ville d’Alep mais seulement deux ou trois quartiers à l’est de la cité et tenus par les djihadistes, les mêmes que ceux que la France bombardait avec ses Rafale à Mossoul, et qui quelques mois plus tôt pilonnaient les populations civiles et chrétiennes à l’ouest de la ville. Quelle ne fut pas son effroi d’entendre que la population d’Alep soutenait et même participait à cette reconquête par l’armée syrienne. Quel effroi, enfin, de constater qu’une émotion mondiale était basée, une fois de plus, sur une somme de contre-vérités.

Il y aurait tant d’autres exemples de cette compromission des médias traditionnels et autant de preuves de leur disqualification. Les médias alternatifs et les pure players, pour imparfaits qu’ils soient, viennent au moins déranger les bourgeois de l’information, confortablement installés dans leur ronronnement, leur confort intellectuel et leur hégémonie culturelle, ils viennent bousculer les conditions d’accès au débat public et proposer d’autres grilles de lecture que celles du politiquement correct. Prétendre lutter contre les fake news, objectif légitime, ne doit pas devenir un moyen de restaurer ces bourgeois dans leurs prébendes et de lutter contre toute voix dissonante qui aurait le mauvais gout de voir le réel tel qu’il est.

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  1. Florian CHAUX

    Article intéressant et fondé mais qui laisse sur la fin. Quelques autres exemples auraient permis de soutenir le propos plus fortement.

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