Les corps du Lieutenant-colonel Beltrame, et ceux des autres victimes de l’attentat de Trèbes étaient à peine froids qu’Emmanuel Macron recevait dans son bureau Sherin Khankan, première femme imam danoise et égérie médiatique présentée comme le parangon de l’Islam des Lumières qu’appelait de ses vœux le regretté Malek Chebel.

Outre sa propension à qualifier Israël d’ « Etat terroriste » et à appeler à son boycott, Sherin Khankan a également la mauvaise habitude de comparer les principes de la charia aux dix commandements. C’est donc tout naturellement qu’elle eut, à la sortie de l’entretien avec le Président de la République, pour unique réaction aux attentats qui avaient une nouvelle fois ensanglanté la France, les mots suivants : « Radicalisation can be a reaction to a sense of not belonging or being part of the community, so it is important that world leaders of the future find ways to include their minorities ». Autrement dit, la violence terroriste serait réductible aux frustrations et au sentiment d’abandon des jeunes issus des minorités, notamment  arabo-musulmane ; au manque d’intégration dans les sociétés d’accueil qui ne tiendraient pas suffisamment compte des aspirations de ces jeunes en déshérence ; au racisme dont ils sont les victimes expiatoires.

Comme en écho à cet habituel discours victimaire pour les uns et culpabilisant pour les autres, Stephane Gatignon, maire de Sevran, a annoncé le 27 mars sa démission du conseil municipal, expliquant son geste par l’insuffisance des moyens en matière de politique de la ville et le manque d’ambition des gouvernements successifs pour les banlieues.

Sevran, cette ville de 50 000 habitants, ses 73 nationalités, sa population à 90% d’origine étrangère, son taux de chômage à 40% chez les jeunes adultes, son infiltration par l’islamisme et ses 15 départs en Syrie. A première vue, il semblerait que les différents Sevran de France aient besoin d’une politique qui ne se résume pas qu’à de simples investissements dans les logements, les infrastructures et les services.

Car contrairement aux propos larmoyants de Stéphane Gatignon, les banlieues font l’objet de toutes les attentions des pouvoirs publics depuis plus de quarante ans, ce qui n’a pas empêché les émeutes, la haine de la France et maintenant le terrorisme.

Le premier « plan banlieue » a été lancé en 1977, à une période où les classes moyennes et la génération issue du baby boom avaient déjà quitté les grands ensembles urbains construits hâtivement dans l’après-guerre et avaient été remplacées par des populations, généralement peu qualifiées, issues de l’immigration et à qui l’on offrait le confort du regroupement familial alors même que la situation économique se détériorait. Ce plan, baptisé « habitat et vie sociale », prévoyait ainsi de réhabiliter 53 banlieues à travers l’amélioration du cadre architectural, du confort des logements, ainsi qu’au travers le développement de la vie sociale dans les quartiers.

Depuis, la rénovation urbaine a été la martingale de tous les gouvernements qui se sont succédés, toute tendance confondues.

En 1983, François Mitterrand, élu en partie grâce aux voix des banlieues, lança le plan « banlieue 89 » dont l’objectif était de rénover tous les grands ensembles de France, de les désenclaver et de réintroduire de la beauté architecturale. Sous la houlette des architectes Roland Castro et Michel Cantal-Dupart, 116 projets de réhabilitation d’ensembles ont été menés. Devant l’échec de ce plan, eu égard à son ambition initiale, Lionel Jospin lança en 1999 un plan «de rénovation urbaine et de solidarité» auquel viendra s’ajouter un second plan en 2001.

Cumulés, ces deux plans auront permis de débloquer 8.5 milliards d’euros pour détruire de grands ensembles vétustes, de rénover et développer les axes de transports, de créer des espaces verts ou de jeux, des équipements sportifs, etc.

Mais c’est surtout à partir des années 2000 que la course à la rénovation urbaine et à l’amélioration des conditions de vie s’accélère. Dès 2003 est créée l’Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine (ANRU) afin d’assurer la mise en œuvre et le financement du programme national de rénovation urbaine (PNRU). Au menu, toujours la même chose : détruire les grands ensembles vétustes, améliorer les conditions de vie, désenclaver les territoires. Au total, de sa création jusqu’en 2014, date à laquelle a été signé un Nouveau Programme de Renouvellement Urbain (NPRU), l’ANRU a déboursé plus de 45 milliards d’euros pour réhabiliter un peu plus de 500 quartiers. Et il est prévu que 20 milliards d’euros supplémentaires soient déboursés jusqu’en 2024 dans le cadre du NPRU.

Mais les soins que les différents gouvernements ont prodigué aux banlieues ne se bornent pas uniquement à des actions de renouvellement urbain et architectural. Les « quartiers en difficulté » peuvent en effet compter sur la prodigalité indirecte des pouvoirs publics dans tous les compartiments de la vie économique et sociale.

Pour lutter contre le chômage, c’est Jacques Chirac  qui, en 1995, annonça un «plan Marshall» pour les banlieues qui devint «le pacte de relance pour la ville» en 1996 : des Zones Urbaines Sensibles (ZUS), parmi lesquelles les zones de redynamisation urbaine (ZRU) et les zones franches urbaines (ZFU), ouvraient droit aux entreprises s’installant dans ces quartiers à des exonérations fiscales et sociales. Si ce paysage institutionnel est simplifié en 2015, le principe reste le même : un manque à gagner fiscal pour l’Etat qu’il est bien difficile de chiffrer. Manque à gagner qui ne semble pas infléchir la position des différents gouvernements, puisqu’en 2013, le gouvernement Ayrault expérimente le dispositif « emplois francs » dans ces quartiers, qui alloue aux entreprises 5000 euros à chaque nouvelle embauche d’un jeune non-diplômé issu de ces quartiers. En dépit de l’échec de ce dispositif, Emmanuel Macron a promis une nouvelle expérimentation en 2018 dans les quartiers sensibles de Roubaix, Tourcoing, Angers, Marseille et de banlieues parisiennes.

Pour lutter contre l’insécurité, outre la police de proximité et la future police de sécurité du quotidien, la solution miracle semble avoir été trouvée : payer des vacances aux fauteurs de troubles : dès 1982, suite aux violences répétées de l’été 1981, est lancé le plan « prévention été », devenu en 1996, et qui existe encore aujourd’hui, le programme « Ville-Vie-Vacances » et qui consiste à offrir des vacances estivales aux jeunes de banlieue afin de les éloigner de leurs environnement et d’éviter les risques de violences liées à l’oisiveté…

Cette énumération des dispositifs dédiés aux banlieues pourrait continuer. Elle pourrait même s’étendre à bien d’autres champs comme l’école ou la vie associative et culturelle. Elle ne ferait qu’apporter un plus grand et plus cinglant démenti à Stéphane Gatignon et ses amis.

Car au-delà du discours victimaire, il y a la solidarité nationale qui s’exprime depuis plus de quarante ans. Et pas forcément toujours récompensée.