Alors que la droite nous avait toujours habitués à ne disserter en période électorale que sur la libéralisation du marché du travail, sans jamais l’entreprendre réellement une fois aux responsabilités, et sur la sécurité, dont l’effort en la matière n’a finalement consisté qu’en une lente mais continue baisse des effectifs et des moyens, les candidats à la primaire de la droite et du centre ont surpris en mettant au premier plan de leurs priorités l’éducation et l’enseignement dans leurs programmes et dans les débats qui les ont vus s’opposer.

Défaite dans les urnes, la droite n’aurait cependant pu rêver meilleur ministre de l’Education Nationale. Jean Michel Blanquer, dont les premiers gestes et premières décisions ont enchanté les électeurs de droite, et au-delà, tous les Français qui tiennent à une Education Nationale de qualité : enterrement de la réforme du collège engagée par Najat Vallaud-Belkacem ; investissement massif dans le primaire, où se joue la construction intellectuelle et sociale de l’enfant, avec un retour aux fondamentaux, notamment la lecture, l’écriture et les mathématiques ; coup d’arrêt aux délires des pédagogistes avec l’éviction de Michel Lussault, etc. Et que dire des chantiers à venir que le Ministre veut prendre à bras le corps : enseignement chronologique de l’histoire et des courants littéraires, dédoublement des classes de CP en secteur défavorisé, mise en place du dispositif « devoirs faits », qui permettra aux collégiens de faire leurs devoirs dans le cadre de l’établissement et avec l’aide de leurs enseignants, etc.

Toutes ces réformes pour répondre à un défi simple mais de taille : l’Ecole de la République ne remplit plus son rôle. Chaque année, plus de 20% des élèves arrivent en classe de sixième sans maîtriser correctement la lecture et l’écriture. Chaque année, 140 000 élèves sortent du système scolaire sans aucune qualification. Des personnes, si jeunes et pourtant déjà laissées sur le bord du chemin, sans espoir de s’épanouir dans un monde professionnel où le culte du diplôme est la seule religion autorisée.

Et alors qu’un consensus semblait être possible sur une question qui transcende les appartenances politiques, surgit la tentation de l’écriture inclusive.

Les inégalités entre les hommes et les femmes persistent du fait d’une société patriarcale qui impose aux individus dès leur plus jeune âge un rapport de soumission des femmes par rapport aux hommes. Quel est le lieu de l’apprentissage de cette « invisibilisation » des femmes ? L’Ecole. Quel est son moyen ? Le langage.

On apprend donc depuis quelques jours, et avec surprise, que les écarts de salaire entre les hommes et les femmes, que les violences conjugales dont elles peuvent faire l’objet, que les tâches domestiques qu’elles assument plus régulièrement que les hommes, que leur faible représentation parmi les exécutifs des grandes entreprises ou parmi les dirigeants politiques de premier plan, proviennent de la règle qui veut que le genre grammatical masculin ne soit pas uniquement l’expression du sexe masculin, mais qu’il sert aussi de genre commun, neutre ou encore asexué.

On apprend donc, toujours avec surprise, que l’important n’est ni l’échec scolaire d’un nombre croissant d’enfants, la baisse généralisée du niveau que les classements internationaux démontrent chaque année, le harcèlement scolaire que vivent de nombreux adolescents et qui les marqueront à vie, l’offensive islamiste qui va jusqu’à gangrener les salles de classe et dont témoigne Bernard Ravet. Non, ce qui importe, c’est l’écriture inclusive.

Derrière la cause qu’ils prétendent servir, encore et toujours le même combat des pédagogistes : déconstruire la Nation. Déconstruire son histoire, sa langue, sa culture. Bref, déconstruire son liant. Faire de l’Ecole non plus le lieu de transmission d’un savoir, de connaissances et de repères commun mais le lieu de délégitimation de cette histoire commune, d’endoctrinement au profit de l’idéologie de l’auto-engendrement et de la page blanche.

Jean Michel Blanquer, toujours lui, ne semble pas s’émouvoir de cette nouvelle offensive et de ce nouveau délire progressiste. Il a opposé une fin de non-recevoir et a suggéré qu’il était prêt à prendre des sanctions contre les 314 benêts qui prennent en otage ceux dont ils sont censés faire des êtres libres et rationnels par l’éducation. Espérons qu’il ait le courage de poursuivre et de purger la rue de Grenelle des « assassins de l’Ecole ».