Publié dans le Figaro Vox le 22 juillet 2019

Après les chefs d’État et de gouvernement, c’est au tour des représentants de la nation française de se faire sermonner.

Sous l’impulsion de la centaine de députés appartenant au collectif «Accélérons», la jeune égérie de tout ce que l’écologisme compte de décroissantistes, de collapsologues – plus ou moins enthousiastes – d’antihumanistes et de mystiques, sera ce mardi l’invitée de l’Assemblée nationale.

S’il n’est pas prévu qu’elle prenne la parole dans l’hémicycle, un «débat» sera néanmoins organisé dans la salle Victor Hugo avec 350 personnes. Un débat ou plutôt un discours. Car la jeune icône de la cause environnementale – ou plutôt ceux qui en ont fait une icône – n’ont pas l’habitude de laisser quiconque s’apercevoir de l’inculture vertigineuse de leur protégée sur un sujet dont elle prétend pourtant avoir fait la cause de sa vie.

Et les termes de ce discours sont d’ores et déjà connus. Tout d’abord le constat: l’Occident est l’unique responsable de la dégradation de la biodiversité et du réchauffement climatique. L’objectif ensuite: diviser par quatre notre consommation énergétique d’ici à 2050, aller à marche forcée vers 100 % d’énergies renouvelables produites de manière décentralisée et abandonner le nucléaire d’ici 2030. La solution enfin: la décroissance, en termes économique comme démographique.

Point de salut pour ceux qui penseraient en dehors de ce sacro-saint triptyque.

Excommuniés ceux qui feraient remarquer à juste titre que c’est justement le nucléaire qui permet à la France d’être l’une des économies occidentales les plus décarbonées et que son abandon en Allemagne s’est soldé par une explosion des émissions de CO2. Bannis ceux qui s’interrogeraient sur les motivations de Greta Thunberg à ne faire la leçon qu’aux pays d’Europe et d’Amérique du Nord, à délaisser les pays de la péninsule arabique et des Antilles qui sont les plus grands émetteurs de CO2 par habitants, très loin devant les pays d’Europe, et à ne pas sermonner la Chine et l’Inde qui sont, avec les États-Unis, les trois pays les plus pollueurs au monde. Bannis également ceux qui s’étonneraient de son silence devant les taux de fécondité de nombreux pays africains. Inaudibles enfin ceux qui, bien impudemment, s’essaieraient à recentrer le débat sur des considérations scientifiques et tenteraient de mettre l’accent sur l’impossibilité aujourd’hui de stocker l’énergie solaire ou éolienne afin de la réutiliser durant les périodes de faible ensoleillement et d’absence de vent.

Car à toutes les remarques, réserves, nuances ou critiques, l’argument imparable de la fin du monde. Depuis peu, les collapsologues de tout poil, qu’ils soient des scientifiques reconnus comme Aurélien Barrau ou des gamines – dont le seul fait d’armes est d’avoir quitté une école qui lui aurait justement apporté les connaissances les plus élémentaires sur le sujet – comme Greta Thunberg, rivalisent de catastrophisme quant à la fin du monde. D’ici peu, ils seraient capables de nous affirmer qu’elle a déjà eu lieu mais que nous ne nous en sommes pas rendu compte…

Et à tous ceux qui persévéraient dans leurs critiques et leurs réserves: l’accusation irrémédiable et infamante de climatoscepticisme.

Car le but de ces prophètes n’est nullement de sauver notre planète et les espèces animales et végétales mises en danger par l’activité humaine. Elle est de sauver leur idéologie et leur vision du monde.

Greta Thunberg est le produit contre-nature, mais pourtant très réussi, de l’alliance entre le libéralisme le plus débridé et amoral et le marxisme new age qui a trouvé, après le progressisme sociétal qui ne fait plus guère recette malgré les imprécations de ses derniers militants, une nouvelle bouée de sauvetage idéologique.

Elle est la figure même de l’écologie prise en otage par des individus qui y ont vu l’opportunité de recycler leur vision du monde et leurs solutions qui, si elles sont verdies, n’en demeurent pas moins identiques à ce qu’elles étaient avant l’échec des expériences politiques communistes. Si le capitaliste était auparavant le coupable idéal de l’exploitation de l’homme par l’homme, si le «mâle blanc libéral de plus de cinquante ans» est aujourd’hui celui de l’aliénation de l’homme par l’homme, l’être humain sera demain celui de la destruction de la nature par l’homme. Et pour mettre un terme à cette oppression «nouvelle version», les mêmes solutions: la décroissance, la critique de la libre entreprise et du capitalisme comme destructeur des ressources naturelles, l’opprobre jeté sur l’Occident et son histoire, le retour à de petites communautés humaines comme alibi de la mort des nations, etc.

Elle est la figure même de la fabrication en série par le marché des héros dont le monde post-moderne manque cruellement et auxquels il demande à s’attacher. Elle est la figure de la fabrication de croyances qui remplacent les monothéismes dont les homo oeconomicus que nous sommes devenus sont revenus. Car si la religion a grandement disparu de nos sociétés, le besoin de croire en quelque chose – reliquat de l’anthropologie classique que le libéralisme n’est pas parvenu à faire disparaître – perdure. C’est ainsi que la mère de notre héroïne affirmait très sérieusement, avant de rétropédaler devant les moqueries et quolibets, que sa fille pouvait voir le CO2 à l’œil nu. Guérirait-elle également des écrouelles?

Certains députés, et c’est tout à leur honneur, ont d’ores et déjà refusé de se prêter à cette mascarade. Le réchauffement climatique est un sujet trop important pour le laisser dans les mains d’idéologues et d’imposteurs. L’Assemblée nationale s’honorerait à n’inviter que des personnalités sérieuses et maîtrisant un sujet aussi complexe qu’urgent.

Les vrais héros ne sont pas ceux qui quittent l’école pour répéter à l’envi les poncifs de l’écologisme. Ce sont ceux qui, au contraire, consacrent leur vie à la connaissance et perçoivent dans la science les solutions à y apporter.