Le 27 juillet dernier, Emmanuel Macron, par la voix de son nouvel Hermès, a brisé la langueur estivale d’un coup de tonnerre dont il a, seul, le secret, en annonçant la nationalisation temporaire de STX pour ne pas laisser un champion industriel français tomber aux mains d’un gouvernement étranger. Décision prise, disait-on, « en cohérence avec les principes de préservation des intérêts nationaux exprimés par le président de la République ».

On croyait alors rêver : d’un côté les ordonnances qui, si elles ne sont pas la panacée de la libéralisation du marché du travail et de la modernisation de son code, ont du moins le bon goût de desserrer le carcan réglementaire qui emprisonne nos entreprises. De l’autre, une vision pragmatique de la défense des intérêts industriels stratégiques de notre pays, quitte à écorner l’orthodoxie libérale dont le Président de la République se réclame.

Et puis la réalité est venue nous frapper coup sur coup : Alstom qui passe sous contrôle de l’allemand Siemens et STX, un fleuron du naval, qui battra bientôt pavillon italien.

Avec à chaque fois, des montages financiers et juridiques complexes qui permettent à chacun de crier victoire. A chaque fois les propos rassurants de la présence de l’Etat au capital pour protéger coûte que coûte les emplois et le savoir-faire français. A chaque fois surtout, la litanie lénifiante de la construction européenne, de la nécessite de bâtir des Airbus européen, qui du naval, qui du ferroviaire, qui sauront résister à la concurrence venue d’Asie.

Derrière les discours, la vérité, terrible et humiliante. Terrible pour les Français qui constatent que leur Président a gardé dans un coin d’une armoire son costume de banquer d’affaire, plus concerné par le mariage d’entreprises et la subtilité d’une gouvernance fallacieusement équilibrée qu’il n’est intéressé par la préservation de champions nationaux. Humiliante pour notre industrie qui se verra ainsi amputée de deux fleurons industriels stratégiques : Alstom dans 4 ans, lorsque Siemens sera autorisé à dépasser la barre fatidique des 50% du capital de la nouvelle entité, qu’il détient dès aujourd’hui ; STX dans 12 ans, une fois que l’Etat abandonnera définitivement à Fincantieri 1% de ses parts, déjà prêté à l’entreprise italienne et qui permettent à l’Italie de contrôler opérationnellement dès aujourd’hui nos chantiers navals.

Les Français, avant de lui confier la destinée du pays, auraient mieux fait de regarder en détails le bilan du Ministre de l’Economie qu’il était. Déjà les mêmes orientations. Une loi qui, si elle a permis l’ouverture bienvenue des magasins le dimanche et la libéralisation attendue du marché des transports, n’aura tout de même pas marqué l’histoire de ce noble ministère. Puis une série de détricotages de notre écosystème industriel.

Avec Alstom déjà, dont Emmanuel Macron offre en 2014 la division énergétique à GE, par le biais de trois coentreprises dans le nucléaire, les énergies renouvelables et les réseaux électriques, toutes dominées tant en détention de capital qu’en droit de vote par l’américain. En dépit des assurances quant à la création de 1000 emplois, 765 salariés seront licenciés en France en janvier 2016.

Avec l’aéroport de Toulouse-Blagnac ensuite, avec la vente de 49.99% du capital de la société gestionnaire de l’aéroport à un consortium chinois. Derrière l’illusion de la majorité des parts détenue par l’Etat, une promesse humiliante faite en catimini de voter sur chaque décision importante dans le sens décidé par le consortium. Résultat, un vote unanime pour le versement de 15 millions d’euros de dividendes aux actionnaires.

Emmanuel Macron avait ainsi déjà montré son vrai visage : celui d’un mondialisme et d’un européisme béats, un goût prononcé pour les montages techniques et décharnés, une volonté de plier la France à son rêve d’une nation urbaine, mondialisée, tertiarisée. Et tant pis pour ceux qui n’entrent pas dans cette catégorie. De toute façon, ils ne sont rien.