Depuis plusieurs jours, Harvey Weinstein, magnat du film hollywoodien, est accusé de viol et de harcèlement sexuel par plusieurs dizaines d’actrices. Comme toujours dès lors que cela provient des Etats-Unis, cette libération de la parole a traversé les frontières et a encouragé d’autres femmes à parler, ne plus se cacher. D’abord dans le milieu du cinéma, puis dans tous les autres.

On ne peut que s’en féliciter. Que des femmes puissent mettre des mots sur l’indicible, sur la honte qu’elles éprouvent à subir les conséquences de mots injurieux, gestes déplacés ou d’avances menaçantes, alors que les hommes qui en sont à l’origine promènent leur nonchalance quand ils n’en tirent pas simplement un titre de gloire.

On peut depuis apercevoir le calvaire quotidien de nombreuses femmes. De la blague vaseuse à l’invitation maladroite et répétée. Au travail ou simplement dans la rue. Par le cadre d’une grande entreprise et par le jeune de banlieue. Tous, loin s’en faut, ne sont pas des violeurs en puissance ou des prédateurs sexuels. L’immense majorité ne voit même pas le caractère blessant d’un jeu de mots ou d’un sous-entendu qu’ils pensent innocent. L’aspect positif de la révélation du vrai caractère d’H. Weinstein, si tant est qu’il puisse y en avoir un, est qu’elle permet la multiplication des témoignages et par conséquent, une prise de conscience qu’une blague vaseuse, si elle est un blague reste toujours vaseuse et qu’une invitation ne peut être insistante.

Et puis comme souvent avec notre époque moderne, le tribunal du net et les procureurs des réseaux sociaux ont pris le relai de l’école et de la justice. Ne s’encombrant pas de nuances, des adeptes du buzz temporaire ont lancé, comme un cri de ralliement, #balancetonporc. Un égout à ciel ouvert où la délation sans preuve est encouragée et magnifiée. Une décharge où des hordes anonymes mais déchainées, se coiffant du panache de la justice, peuvent jeter un homme sous prétexte que son nom est  apparu, sans se soucier de la véracité de l’accusation.

L’odeur de putréfaction attirant inévitablement les rongeurs, des « sociologues », « journalistes » et autres « universitaires » comme les impétrants du Bondy Blog, Laurence de Cock ou encore Caroline de Haas ont accouru au soutien de ces femmes bafouées. Mais à condition qu’elles dénoncent le bon vieux mâle blanc, vestige de l’ancien monde et figure de l’oppression contre toutes les minorités. En l’occurrence, les femmes. Curieuse, cette façon de servir la cause féministe en dénonçant le prédateur occidental tout en s’élevant contre la pénalisation du harcèlement de rue au prétexte qu’elle viserait des populations « socialement et racialement stigmatisées ». Tout aussi étrange la position de certains médias qui se rêvent à la pointe du combat pour l’égalité mais qui abritent et protègent des Mehdi Meklat. Sans doute la complexité de l’ « intersectionnalité des luttes » qui justifie qu’on ne peut être à la fois dominé et dominant.

La logique qui a poussé à l’émergence de #balancetonporc n’est pas sans rappeler celle qui a poussé l’administration Obama à légiférer pour punir les « mauvaises conduites sexuelles » sur les campus. Encore une fois, l’intention est louable et le lieu de cette action approprié. Mais elle a conduit à des centaines de cas où des étudiantes ont porté plainte contre leur ancien petit ami ou un simple partenaire sexuel dans une relation consentie, parfois des mois après la fin de leur relation, et ayant invariablement conduit les universités, terrifiées à l’idée de paraitre laxiste, à bafouer le « droit de l’accusé à une procédure juste et impartiale ». Cette loi a ainsi abouti à créer un environnement « dans lequel les étudiants peuvent-être tenus responsables d’un refus de consentement rétroactif » ainsi que des situations juridiques ubuesques où le simple fait de « demander des enquêtes impartiales revient à nier le viol et à soutenir la culture du viol, ainsi que le fait de s’inquiéter du traitement des accusés est considéré comme une façon de sous-entendre que de nombreuses accusations de viol sont fausses ».