En 1980, Marcel Gauchet écrivait Les droits de l’homme ne sont pas une politique. C’est ce constat qui resurgit alors que le France est en plein questionnement identitaire face à l’immigration massive et la remise en cause de son identité qui nous amène aujourd’hui à questionner ce concept de droits de l’homme et sa prééminence dans notre paysage juridico-politique. Et qui de mieux placé que Jean-Louis Harouel, agrégé d’histoire du droit, professeur à Panthéon-Assas et auteur, entre autres, des brillants essais Les droits de l’homme contre le peuple et Revenir à la nation pour nous en parler.

 

La Nouvelle Garde: Vous évoquez dans Les droits de l’homme contre le peuple la mise en danger de la démocratie libérale par la religion séculière des droits de l’homme qui pénalise tout propos n’allant pas dans le sens de l’idéologie « mêmiste ». Derrière cela, il existe un constructivisme progressiste. Faut-il en déduire que la nécessité de protéger le peuple et le droit de la Nation à la permanence historique et civilisationnelle puisse légitimer un autre constructivisme, cette fois-ci conservateur, qui briderait l’accès au débat public de tous les entrepreneurs identitaires ?

Jean-Louis Harouel – Si on entend par constructivisme le fait de ne pas s’en remettre exclusivement aux équilibres sociaux spontanés et de mener une politique volontariste, alors oui, il faudra certainement une certaine part de constructivisme. C’est ainsi que j’ai suggéré que la France modifie son droit pour mettre fin à l’« immigration de colonisation » (Abdelmalek Sayad), avec notamment l’abolition du droit au regroupement familial, la fin du bradage de la nationalité française, l’obligation faite aux binationaux de choisir une seule nationalité, la liberté pour la France de choisir souverainement qui elle accepte ou non sur son territoire et parmi ses ressortissants, et que plus généralement se trouve rétablie la grande discrimination fondatrice de la cité : la discrimination entre le citoyen et le non-citoyen, entre les nationaux et les étrangers.

De même que j’ai suggéré, pour bloquer la conquête musulmane non dite mais bien réelle de l’Europe, de cesser de voir dans l’islam une religion comme une autre. L’islam n’est que très secondairement une religion au sens qu’on donne à ce mot en Europe. L’islam est un programme politique dont un des points majeurs est la dissimulation du corps des femmes.  Les textes saints de l’islam contiennent tout un code de règles de droit et de prescriptions sociales qui visent à régir l’intégralité de l’existence individuelle et collective. Système total où se mêlent le politique, le juridique, le civilisationnel et le religieux au sens strict, l’islam a besoin pour prospérer, comme l’avait vu Renan, d’être la religion officielle d’un État qui soit sa chose. L’État musulman étant dans la logique de l’islam, celle-ci est de faire naître des Kosovo en Europe occidentale. D’où l’urgence d’appliquer à l’islam une politique discriminante dont la Suisse – nation démocratique par excellence – nous donne l’exemple avec son interdiction de construire des minarets.

Pour autant, il ne saurait être question de brider l’accès de quiconque au débat public. La fécondité intellectuelle d’une liberté absolue de la pensée et de l’expression de la pensée a été exprimée de manière lumineuse par le grand sociologue Vilfredo Pareto, pour qui « la liberté d’exprimer sa pensée, même quand elle est contraire à l’opinion du plus grand nombre ou de tous, même quand elle froisse les sentiments de quelques uns ou de beaucoup, même quand elle est généralement tenue pour absurde ou criminelle, tourne toujours à l’avantage de la vérité objective ».

Le drame actuel est qu’au nom de la religion séculière des droits de l’homme (ou religion humanitaire), la liberté de pensée et d’expression est refusée à tous ceux dont les idées ne sont pas conformes aux dogmes de cette religion. C’est la conséquence du fait que les droits de l’homme sont aujourd’hui en France la religion officielle, la religion d’État. Si bien qu’il n’y a pas de séparation entre la religion et l’État. Avec pour résultat que les droits de l’homme représentent aujourd’hui une forme de totalitarisme qui a détruit des pans entiers de la liberté de pensée et de la liberté d’expression. Certains groupes à revendication identitaire (d’ordre sexuel, ethnique, religieux, etc.) ont obtenu du législateur la suppression de la liberté d’expression à leur sujet. Il est prohibé d’exprimer à leur égard des critiques, même si elles sont fondées. Ces catégories sont placées au-dessus du reste de la société : elles sont sacrées. Le nouveau droit pénal qui interdit que ces catégories puissent faire l’objet d’un libre débat est un droit pénal religieux qui a rétabli le crime de blasphème. C’est le droit pénal de la religion séculière des droits de l’homme. Ce droit pénal empêche de dire ce que l’on voit, de dénoncer les mécanismes qui sont en train de détruire nos sociétés et notre civilisation.

Pour protéger le peuple et le droit de la nation à la continuité historique et civilisationnelle, il est indispensable de libérer la parole de ceux qui aiment leur pays et refusent qu’on le fasse mourir. Le caractère totalitaire que présentent aujourd’hui les droits de l’homme a pour effet d’interdire le débat démocratique sur les grands choix de société. Il est vital de rétablir au plus vite le débat démocratique, ce qui exige de rendre aux individus la pleine liberté de pensée et d’expression dont on les a spoliés. Ce n’est qu’à cette condition que la France et les autres démocraties européennes seront en mesure de retrouver la maîtrise de leur destin.

 

LNG: Toujours dans cet ouvrage, vous affirmez que le millénarisme droits-de-l’hommiste, qui rêve d’une humanité réconciliée avec elle-même par le brassage des peuples et par l’abolition des frontières, est notamment utilisée par l’Islam politique qui rêve d’établir le tamkine mondial, de répandre le royaume de la paix (dar al islam) partout dans le monde. La discrimination de cette religion sur le modèle suisse vous semble être le seul rempart à l’expansion que nous constatons tous dans le paysage français. Cela signifie-t-il que vous ne croyez pas à la possibilité d’un « concile Vatican II musulman » qui ouvrirait l’Islam sur son époque ? Autrement dit, un concile qui en finirait avec l’ambition historiciste de l’Islam pour lui y substituer l’affirmation de l’historicité des principes qui composent cette religion.

J.-L. H. – Pour les musulmans, le texte du Coran possède un caractère sacré qui n’a pas d’équivalent dans les formes habituelles du judaïsme ou du christianisme. En effet, selon la doctrine sunnite, le Coran est éternel et incréé, et il coexiste avec Dieu de toute éternité. La foi en cette sacralité absolue fonde l’idée de la perfection de l’islam comme législation de toute l’activité humaine, et par voie de conséquence la conviction que la stricte application de la loi divine musulmane permet d’assurer la réalisation de la perfection en ce monde. Si bien qu’à l’inverse du christianisme, l’islam manifeste la prétention d’instaurer le royaume de Dieu sur la terre. Dans la logique de l’islam, il n’y a pas d’action profane. Toute l’existence du croyant est placée sous le signe du sacré.

Étant une législation, l’islam est par essence statique. Selon la doctrine musulmane, l’homme n’a pas le pouvoir de légiférer. Le seul législateur est Dieu, si bien que pour les croyants, il n’existe qu’une seule loi, la sainte Loi révélée par Dieu. C’est l’inverse du christianisme, qui est dynamique parce qu’il n’est pas une législation. Dans ces conditions, rien ne sert de rêver à un Vatican II musulman. Il est vain d’espérer que l’islam se réforme, se normalise, comme le préconise par exemple Pascal Bruckner.

Pour autant doit être salué le fait qu’un petit nombre de musulmans éclairés, usant librement de leur intelligence, procèdent à une critique historique du Coran. Cela les conduit à rejeter la notion de législation divine : refusant le fait que la charia est un code de droit, ces « nouveaux penseurs de l’islam » (Rachid Benzine) veulent seulement y voir un recueil de valeurs éthiques. Si ce mouvement aboutissait, le Coran cesserait d’être présenté comme immuable, car dicté par Dieu (en caractères arabes), mais serait simplement vu comme un livre inspiré transmettant non pas une législation (la charia), mais un message purement spirituel. Ce serait une immense révolution, aboutissant sous le nom inchangé d’islam à l’émergence d’une religion très différente de celle qui existe depuis plus d’un millénaire, rejetant l’idée de l’origine divine du droit et des normes politiques et sociales. Ce serait une religion combinant une référence au Coran avec une structure de nature chrétienne, laquelle établirait une disjonction radicale du religieux (le culte à Allah) d’avec le politique et le juridique. Encore faudrait-il, pour avoir une quelconque efficacité, qu’une telle révolution fût acceptée par la grande majorité des musulmans du monde entier. Cela a peu de chance de se réaliser dès lors que l’islam est très majoritairement vécu non pas comme une spiritualité, mais sur un mode identitaire d’obéissance à ses règles juridiques et sociales.

L’idée d’une opposition entre l’islam et l’islamisme est une pure fiction. Comme le souligne le grand romancier algérien Boualem Sansal, « si différence il y a entre le musulman et l’islamiste, elle est dans le degré de radicalité qu’ils mettent à appliquer les préceptes coraniques, à défendre l’islam et son prophète, à œuvrer à l’expansion de l’islam, etc. ». Il n’y a pas d’islam radical ni d’islam modéré, il y a l’islam, et certains le pratiquent de manière plus radicale, d’autres de manière plus modérée. Ce qui veut dire concrètement plus d’islam, ou moins d’islam. Lorsque, pour se moderniser, la Turquie d’Atatürk a remplacé la charia appliquée par des tribunaux religieux par des codes d’inspiration européenne appliqués par des juridictions laïques, a imposé le mariage civil et prohibé la polygamie, a interdit le port du voile et celui du fez, a adopté les caractères latins et a mis fin au système de la religion d’État tout en maintenant le culte musulman, cela signifiait moins d’islam.

Il est vain d’espérer que l’islam de France va se réformer, modifier ses règles. Il ne le peut tout simplement pas car il cesserait d’être l’islam. En revanche, il est possible et nécessaire de faire savoir aux personnes de confession ou d’origine musulmane que, s’ils veulent continuer de vivre en France, ce sera à condition de pratiquer moins d’islam, en s’abstenant de faire ou de revendiquer tout ce qui contredit le droit et les mœurs du pays. L’objectif est de rétablir l’autorité de l’État et le prestige de la civilisation française aux yeux des populations se réclamant de la tradition musulmane, pour leur faire comprendre qu’en France, on doit pratiquer moins d’islam, beaucoup moins d’islam.

 

LNG: Quel regard portez-vous sur les nombreuses prises de position pro-immigration de l’Église catholique ? Est-elle, elle aussi, en train de se fourvoyer sur le message du christianisme qui veut que le royaume de Dieu ne soit plus sur terre mais dans les cieux? Est-elle est en train de réhabiliter le marcionisme qu’elle avait au demeurant déclaré comme hérésie en 144 après J.-C., en poussant la logique d’amour des autres jusqu’au reniement de son propre intérêt ?

J.-L. H – Il n’est que trop évident qu’il y a actuellement deux religions dans l’Église : d’une part la religion catholique, dont les enjeux sont célestes – le salut éternel –, et d’autre part une religion séculière très proche d’elle sur le plan moral – la religion des droits de l’homme ou religion humanitaire –, dont les préoccupations sont exclusivement terrestres.

Pendant plus de mille ans religion identitaire des Européens, puis étendu par eux à travers le monde, le christianisme s’est aujourd’hui jeté tête baissée dans un délire universaliste qui se marque notamment par l’injonction adressée par le pape aux pays d’Europe d’accueillir sans limite sur leur territoire toute l’immigration illégale en provenance de l’Afrique et de l’Asie, ainsi que par une bienveillance chrétienne envers l’islam qui tranche avec une traditionnelle volonté de résistance aux entreprises conquérantes musulmanes, voire de reconquête sur l’islam des régions où était né le christianisme et dont s’étaient emparés les conquérants arabes. En faisant de l’universalisme sa seule raison d’être, le christianisme tend à apparaître comme un doublon de la religion des droits de l’homme.

Cette actuelle obsession universaliste du christianisme n’est effectivement pas sans évoquer Marcion, prédicateur gnostique du IIe siècle qui avait complètement trahi le christianisme en prétendant l’arracher à ses racines juives. Pour Marcion, le Dieu de la Bible – qu’il appelle le Dieu juste – est une divinité subalterne et grossière qui a créé un monde raté et instauré une justice impitoyable. Au dessus de lui est un Dieu suprême caché – le Dieu bon – qui s’est rendu visible en la personne de Jésus pour libérer les hommes du Dieu de la Bible. Rejetant radicalement le Dieu juste et ne voulant connaître que le Dieu bon, Marcion invitait ses disciples à faire table rase de la Bible et du passé juif pour ne garder que le message d’amour de l’Évangile dans une version au demeurant largement falsifiée. En rejetant le Dieu juste et l’Ancien Testament, Marcion rejetait non seulement la justice, l’ordre social, le mariage, la famille, mais encore l’idée de nation.

Aujourd’hui, en prétendant présenter exclusivement le christianisme comme un universalisme abstrait, l’Église adopte une démarche marcionite qui arrache au christianisme son substrat biblique, lequel légitime les identités particulières. Car le christianisme, du fait qu’il est né d’une religion nationale – le judaïsme – et que ses perspectives sont célestes et non terrestres, a pu aisément, en dépit de son ambition de s’adresser à la généralité humaine, jouer le rôle d’une religion particulière pour les peuples qui se réclamaient de lui. Au lieu de quoi, en ne voulant connaître du christianisme que son appel à la fraternité universelle, on nie la réalité du christianisme comme symbiose entre l’Évangile et la Bible. Prendre dans le Nouveau Testament une idée ou une valeur en la coupant de l’Ancien Testament revient à faire du Marcion. Cette idée ou cette valeur n’est alors plus chrétienne : elle est marcionite, elle est gnostique. Il y a manifestement quelque chose de marcionite dans les prises de position immigrationnistes de l’Église catholique.

 

LNG: Dans un entretien accordé au Figaro en novembre 2017, à l’occasion de la parution de votre ouvrage Droite-gauche, ce n’est pas fini, vous expliquiez que la gauche représentait d’un côté l’utopie sociale, de l’autre l’utopie sociétale, héritière qu’elle est du mariage entre le millénarisme et la gnose, alors que la droite était l’héritière des précieuses valeurs de permanence des valeurs traditionnelles de la France. Quel regard portez-vous sur la thèse d’Alain de Benoist, explicitée dans Le Moment populiste : Droite-gauche c’est fini !, pour qui le clivage ne se situe plus tant entre les conservateurs et les progressistes – pour faire court – mais entre les partis traditionnels et les mouvements anti-système. La dernière élection présidentielle ne donne-t-elle pas raison à Alain de Benoist, avec deux forces politiques traditionnelles (LREM et LR) – en dépit des accusations en période électorale, LREM n’est en rien un parti alternatif étant donné qu’il regroupe un nombre substantiel d’acteurs politiques présents sur la scène politique depuis des années – faisant jeu égal avec deux mouvements anti-système (FI et FN) ?

J.-L. H. – Alain de Benoist est un penseur aux immenses lectures et d’une brillante intelligence, dont les nombreux livres, toujours parfaitement référencés, inspirent le plus grand respect. Et le courage tranquille avec lequel il revendique le qualificatif honni de « populiste » mérite d’être salué. Il n’en reste pas moins qu’il n’y a pas un populisme mais bien deux populismes antagonistes, lesquels s’affrontent radicalement sur des thèmes aussi essentiels que celui de l’immigration. Qu’est-ce que c’est que ce populisme qui veut frénétiquement achever de noyer le peuple français sous les flots d’une immigration extra-européenne illimitée ? Quant au fait de se dire être patriote, il n’est guère rassurant si le susdit patriote a pour projet de faire de sa patrie un paradis égalitaire et communiste, à l’image de Cuba ou de la Corée du Nord.

Bref, il y a un populisme de droite et un populisme de gauche. Quelque réjouissante que soit la féroce lucidité avec laquelle un Jean-Claude Michéa – lui aussi populiste revendiqué –  démystifie l’actuelle gauche de gouvernement qui, de Hollande à Macron, a complètement répudié son vieux projet socialiste en se focalisant sur l’apologie du mondialisme, la propagande immigrationniste et la révolution sociétale – du mariage homosexuel à la féminisation de l’orthographe –, le projet socialiste qu’il prône ingénument comme l’unique solution à tous nos maux n’en est pas moins hautement inquiétant. Sous toutes ses formes, le socialisme renvoie au vieux rêve millénariste d’une transformation radicale de la société sous le signe de l’égalité, censée instaurer le paradis sur la terre, et dont l’histoire montre que les diverses tentatives de créer ce paradis ont en réalité abouti à une forme d’enfer. Il est difficile de suivre Alain de Benoist lorsque, en écho à la pensée de Jean-Claude Michéa, il écrit que « le socialisme véritable s’appuie sur les notions centrales d’entraide et de communauté – le commun, les “liens qui libèrent” – qui ne diffèrent guère des liens organiques des sociétés traditionnelles ». Qui peut sérieusement se réclamer de cette ambiance communautaire paysanne de l’Ancien Régime, que le très socialiste Jaurès lui-même a dénoncé comme un système oppressif, comme un « communisme de quasi-mendicité et de somnolente routine que voulaient maintenir les pauvres » ?

Au total, qu’il s’agisse de l’actuelle fracture entre France d’en haut et France d’en bas (Christophe Guilly), entre perdants et gagnants de la mondialisation, entre attachement à sa propre civilisation et culte des autres civilisations, entre partisans de l’enracinement et apôtres de la libre circulation des hommes, des choses, des capitaux et des emplois, on constate que se retrouve toujours peu ou prou la traditionnelle opposition entre droite et gauche.

 

LNG: Croyez-vous que la droite dans les années à venir puisse enfin assumer le principe de « priorité nationale » ? Nous entendons par là la capacité à se souvenir de l’origine de son mandat, à savoir le peuple français, à agir en fonction de son seul intérêt, et donc à cesser de s’encombrer de considérations droits-de-l’hommiste sur l’immigration, l’Islam, le transhumanisme, les revendications liées à l’entrée dans l’âge identitaire, etc.

J.-L. H. – La gauche de gouvernement a abandonné le peuple et la droite de gouvernement a abandonné la nation – ce qui est d’une certaine manière la même chose, car les classes populaires sont l’essentiel du contenu humain de la nation et c’est presque toujours d’elles qu’au fil des siècles se sont dégagées les élites de notre pays.

Pour espérer retrouver le contact avec la nation et avec le socle humain de celle-ci qu’est le peuple, la droite doit d’abord se retrouver elle-même. Une droite vraiment à droite ne se laisse pas manipuler par ceux qui dénoncent la tentation du repli identitaire et agitent le chiffon rouge du Front national en prétendant que c’est lui – et lui seul – le danger. Une droite vraiment à droite a nécessairement conscience que le seul vrai danger pour la France, c’est la gauche qui tue notre pays à petit feu. Une droite vraiment à droite n’a pas d’ennemi à droite.

Si de véritables gouvernants de droite parviennent à accéder au pouvoir, il faut qu’ils soient résolus à donner la parole directement au peuple, par la voie référendaire, ce qui semble aujourd’hui le seul moyen praticable pour sortir vraiment du piège mortel de la religion des droits de l’homme et de son délire anti-discriminatoire. Peut-être le peuple ainsi consulté ne se laissera-t-il pas intimider par les sirènes des appels vertueux à la dévotion envers le politiquement correct. Peut-être les Français choisiront-t-ils de rompre avec une religion des droits individuels négatrice de l’idée même de bien commun et destructrice des nations européennes. Peut-être sera-t-il ainsi possible de bloquer les flux migratoires et de mettre fin au processus de conquête feutrée de l’Europe par la civilisation arabo-musulmane.

Mais si ce sursaut salvateur n’a pas lieu, il est possible que la civilisation française – et plus généralement européenne – disparaisse, tout comme a disparu jadis la civilisation gréco-romaine au moment de l’effondrement de l’empire d’Occident. Peut-être des historiens chinois ou indiens disserteront-ils un jour sur les causes de la fin de la civilisation européenne, et mettront-ils en évidence le caractère mortifère pour l’Europe de la religion séculière des droits de l’homme.

Nous le savons depuis Valéry : notre civilisation peut mourir car les civilisation sont mortelles et l’histoire est leur tombeau. C’est aux Français – et aux autres peuples européens – de décider s’ils se résignent, au nom de la vertueuse religion des droits de l’homme et de son multiculturalisme, à se laisser pousser au tombeau, ou s’ils sont au contraire prêts à retrouver et à faire prévaloir les valeurs de durée nécessaires à notre peuple et à notre civilisation pour espérer avoir un avenir.