Enfin !

Nous avons assisté hier à la dernière soirée électorale de cette année 2017. Une élection, sans passion ni enthousiasme, qui aura eu au moins le bon gout de ne prendre qu’un seul tour. Une élection qui aura vu Laurent Wauquiez prendre la tête des Républicains, du haut de ses plus de 74%.

Après le scrutin interne de 2014, la primaire de 2016, cette élection signe pour la troisième fois consécutive la victoire de la droite « dure », « conservatrice », « vraiment de droite », selon la terminologie qui plaira au lecteur. Toujours est-il qu’elle signe la troisième défaite consécutive de cette droite « modérée », « humaniste », « progressiste » et européenne, dont le poids médiatique est apparemment inversement proportionnel à ce qu’elle représente au sein du peuple de droite.

Entendons-nous bien, cette sensibilité, représentée tout à tour par Jacques Chirac (le Chirac Président, et non le Chirac candidat), Alain Juppé, Jean- Pierre Raffarin, et aujourd’hui par Franck Riester et Maël de Calan est légitime. Elle doit avoir le droit de cité et avoir un espace d’expression et d’action dans la nouvelle droite qui se dessine. La présence des modérés dans cette nouvelle droite est souhaitable, elle est possible, à l’image de Virginie Calmels qui a su mettre les questions de personnes de côté pour promouvoir au plus haut niveau ses idées.

Mais cette sensibilité a également le devoir de regarder la réalité en face.

Car aujourd’hui ses représentants répètent à l’envie que seule leur droite est légitime ; invitent les électeurs à rejoindre leur courant humaniste et pro européen ; réduisent le débat entre visions de la droite à une litanie sans fin d’invectives ; taxent leurs opposants d’« identitaires », de « réactionnaires », d’« eurosceptiques » ; appellent le vainqueur à un rassemblement, mais à leurs conditions et sur leur vision. Les défaites successives que cette droite-là a subies devrait les inciter à plus de discernement.

Depuis vingt ans, la droite a pris la mauvaise habitude de parler à droite pour agir à gauche, prenant systématiquement le contrepied de ses promesses de campagne, par peur de déplaire aux faiseurs de rois médiatiques et aux salons parisiens. Pendant vingt ans, elle a trahi ses électeurs, se rapprochant toujours plus de la gauche libertaire à mesure que l’extrême droite, devenue l’alpha et omega de la politique, voyait ses rangs se garnir de bataillons d’électeurs issus de la droite traditionnelle et fatigués des promesses non tenues. Il ne faut donc pas s’étonner de constater que l’électeur de droite ait aujourd’hui des attentes fortes sur l’immigration, la sécurité, la défense de notre culture et de nos traditions mais également sur la libéralisation de l’économie, l’arrêt de l’inflation réglementaire, la réorientation européenne, etc. Et qu’il n’est plus prêt à transiger sur ces sujets.

Il est tout à fait possible et légitime de ne pas souhaiter évoquer ces thématiques, ou du bout des lèvres. Mais il convient dans ce cas de s’interroger sur son appartenance au parti, à défaut de changer ses électeurs. Il existe en France aujourd’hui un nombre important de personnes qui se reconnaissent dans leur vision de la société, mais ils ne sont déjà plus à droite, hypnotisés qu’ils sont depuis quelques mois par la grande coalition des progressistes.

Mais la France n’est pas l’Allemagne et les coalitions ne sont pas dans notre culture politique. Et c’est le déjà regretté Jean d’Ormesson, avec son intelligence et son espièglerie caractéristiques, qui en parlait le mieux : « Macron, c’est le grand flou. Entre l’électeur de droite et l’électeur de gauche qui votent pour Macron, l’un des deux, forcément, sera cocu, mais toute l’intelligence de Macron est de faire croire à l’un que ce sera l’autre et inversement ».

Force est de constater que le cocu est plutôt de celui de gauche aujourd’hui. Mais il reste un peu plus de quatre ans à ceux de droite pour en faire l’expérience. Et quatre ans c’est long.