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Entretien avec Jean-Baptiste Noé – Historien et essayiste français

C’est à deux pas du Sénat que nous rencontrons Jean-Baptiste Noé. Historien, écrivain et contributeur régulier à l’Opinion, Jean Baptiste Noé est également rédacteur dans la revue Conflits et intervient régulièrement dans la revue en ligne Contrepoints. C’est avec ce jeune talent intellectuel de la droite que nous avons évoqué, entre autres, les conditions d’existence d’un modèle économique libéral en France, ainsi que son sujet de prédilection, l’École.

La Nouvelle Garde : Contrairement à ce que l’on croit trop souvent, c’est en France, et non en Angleterre ou aux États-Unis, que sont apparues les prémices de la pensée libérale et l’essor de l’économie politique, avec notamment Boisguilbert et l’école physiocratique ensuite. Comment expliquer alors que la France, exception faite de la Monarchie de Juillet, n’ait jamais été libérale ? Aujourd’hui encore, ceux qui, au centre ou à droite, prétendent incarner une ligne « libérale » face à la ligne dite « identitaire », n’ont en réalité rien de libéral… Tous socialistes, droite comprise ?

Jean-Baptiste Noé : C’est une question assez complexe. Commençons tout d’abord par définir ce qu’est le libéralisme. À l’origine, le libéralisme est une réflexion sur le droit et la loi. C’est considérer que la personne est au centre de la société, que la loi sert à la protéger et que l’État est le garant du respect de cette personne et de ses droits. A contrario, le socialisme considère que l’État est au centre de la société et que la personne est là pour « alimenter » l’État. En partant du droit, cette pensée a ensuite des incidences économiques. Prenez par exemple Vauban qui a écrit un traité sur l’impôt, ou encore Boisguilbert : ces personnes s’opposent à l’absolutisme dans le sens où ils considèrent que le Roi et l’Etat n’ont pas tous les pouvoirs et que la personne est première.

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Entretien avec Eugénie Bastié – journaliste au Figaro et rédactrice en chef de la revue Limite

C’est au cœur du Marais que nous rencontrons Eugénie Bastié, bientôt 26 ans et déjà journaliste au Figaro et rédactrice en chef de la revue Limite. Pendant près d’une heure, nous échangeons avec ce visage du renouveau de la pensée de droite, à propos du système médiatique, de l’existence doctrinale d’un courant libéral-conservateur, ainsi que de l’une de ses grandes causes : le féminisme.

La Nouvelle Garde : Les quelques entretiens que nous avons menés jusqu’à présent concernant la possibilité pour un discours libéral-conservateur d’émerger dans le débat public amènent invariablement à se poser la question des critères de bienséance qui structurent ce même débat public. Le Figaro et les grands hebdomadaires de droite ont longtemps été les seuls relais pour des hommes de droite, et force est de constater qu’il est toujours aussi difficile d’exprimer dans les médias autre chose qu’un discours progressiste et diversitaire. Ces difficultés ne sont-elles pas le signe de l’échec des grands médias de droite à bousculer les codes d’entrée dans le débat public ?

Eugénie Bastié : C’est la grande question de la défaite intellectuelle, médiatique et sémantique de la droite, à savoir : quand et comment la droite a-t-elle abandonné l’hégémonie culturelle à la gauche, se repliant sur la sphère économique. Cette défaite est particulièrement prégnante dans les médias. C’est une cause entendue, prouvée par maintes études : les journalistes sont plus à gauche que la moyenne des Français. Pourquoi ? Je crois qu’il y a dans ce basculement une responsabilité de la bourgeoisie, catholique et conservatrice notamment, qui n’a jamais encouragé ses enfants à aller vers les métiers de la transmission et à épouser une carrière médiatique. La bourgeoisie de droite a préféré envoyer ses enfants dans les écoles de commerce ou dans les facultés de droit, car elle considérait que la carrière journalistique ne pouvait convenir quant au statut social et à la rémunération. Les gens de droite ont donc déserté en quelque sorte les métiers de la transmission, le journalisme et l’enseignement en tête. Nous assistons cependant à une rupture, notamment depuis la Manif pour tous, qui a fait basculer toute une génération conservatrice dans le débat politique, qu’elle avait auparavant tendance à fuir.

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Entretien avec Mathieu Bock-Côté – Essayiste et chroniqueur québécois

De passage à Paris pour deux semaines, Mathieu Bock-Côté a accepté de nous accorder un entretien. Installés à une table d’un troquet du 14e arrondissement, nous avons évoqué pendant plus de quarante-cinq minutes avec cet intellectuel francophone amoureux de la France la refondation de la droite, l’état du débat public français, l’Europe, sans oublier évidemment le Québec.

LNG : En 1927, Julien Benda écrivait La Trahison des clercs. Benda fustigeait alors la prégnance idéologique des intellectuels appartenant au courant philosophique romantique opposé à la modernité rationaliste et universaliste développée par les philosophes des Lumières. Ne pourrait-on pas, aujourd’hui, écrire La Nouvelle trahison des clercs ? Trahison des élites intellectuelles, médiatiques et politiques, soumises cette fois-ci à une représentation du monde post-nationale et diversitaire, multiculturaliste et immigrationniste, envers les aspirations des peuples à l’enracinement, à l’ordre, à un retour des nations.

Mathieu Bock-Côté : Tout dépend de ce que l’on entend par « clercs », tout dépend aussi de ce que l’on entend par « trahison ». Une chose est certaine néanmoins : l’intelligentsia, au XXe siècle, ne s’est pas montrée d’une lucidité exceptionnelle devant une histoire aussi tragique que meurtrière. Les intellectuels se sont souvent laissés tenter par des idéologies liberticides, et dans la deuxième moitié du siècle, ils troquèrent la recherche de la vérité pour une adhésion entière ou critique au communisme. Ils se sont montrés capables de justifier les pires abjections pour peu qu’on les justifie au nom d’un avenir radieux. En d’autres mots, la classe intellectuelle ne s’est pas montrée particulièrement attachée à la démocratie libérale. On relira avec bonheur, de ce point de vue, un ouvrage qui ne s’est pas démodé : L’Opium des intellectuels, de Raymond Aron.

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Entretien avec Geoffroy Lejeune – Directeur de la rédaction de Valeurs Actuelles

C’est dans son bureau de la rue Georges Bizet que Geoffroy Lejeune nous a reçus. Quarante-cinq minutes d’une conversation passionnante avec cet homme pas encore trentenaire et déjà Directeur de la rédaction de Valeurs Actuelles.

Il nous prévient immédiatement, il faudra être indulgent, en tant que directeur de la rédaction, il n’écrit plus d’articles et cela fait longtemps qu’il ne s’est pas plié à l’exercice. Les mots lui viennent cependant très rapidement et percutent.

LNG : « Valeurs actuelles, dont vous êtes le directeur de la rédaction, est l’un des rares magazines à oser se réclamer « de droite ». Quel sens donnez-vous à ce mot aujourd’hui en France ? »

Geoffroy Lejeune : Il y a cinquante nuances de droite et autant façons de définir le clivage gauche-droite. Ce serait audacieux de dire que l’élection d’Emmanuel Macron n’a rien changé. Ce serait aussi faux de déclarer que son élection a effacé le clivage. Ce qui est sûr, c’est que son élection a changé la donne : les partis politiques sont morts, plus personne ne se définit en termes de droite et de gauche. Jean- Luc Mélenchon abandonne le terme de gauche ; le Front National a abandonné depuis longtemps cette classification ; l’élection pour la présidence des Républicains fait ressurgir le terme de droite, mais ce n’est que conjoncturel, et il y a fort à parier que dans quelques mois, le mot disparaisse pour éviter au parti qu’il ne s’enferme dans cette case.

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