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Interview avec Frédéric Rouvillois – Spécialiste de l’histoire politique et essayiste

C’est chez lui, au cœur du IXe arrondissement, que Frédéric Rouvillois nous fait l’honneur de nous recevoir. Juriste, essayiste, spécialiste de l’histoire politique, Frédéric Rouvillois est à la pointe du combat pour la réhabilitation d’un conservatisme qui s’assume dans le paysage politique français et dans le débat d’idées. Il a, à cet effet, dirigé en 2017 la rédaction de l’imposant Dictionnaire du conservatisme, et porte avec Chantal Delsol l’initiative de la Fondation du Pont Neuf, le « Terra Nova de droite ». C’est donc tout naturellement que notre discussion avec cette figure intellectuelle de la droite s’est portée sur ce courant politique si déprécié ainsi que sur les conditions préalables à son émergence en tant que véritable force politique.

 

La Nouvelle Garde : Avant d’en arriver aux questions plus spécifiquement liées au conservatisme et aux conditions de son infusion dans le tissu social, une question, à dessein pessimiste nous brûle les lèvres.

Que reste-t-il à conserver ? 

La gauche libérale-libertaire, à l’œuvre depuis près de cinquante ans en France n’a-t-elle pas fait trop de dégâts ? Il y a certes une nouvelle exigence assumée de limites et de permanence de la part des Français, mais ceux-là sont également les premiers à plébisciter les avancées sociétales et les révolutions techniques qui témoignent et résultent d’une illimitation des désirs et de l’éclatement des repères ? 

Frédéric Rouvillois : C’est la grande question qui se pose, à laquelle les prophètes de malheur tendent à répondre : « plus rien ».

Cependant, eux-mêmes savent pertinemment qu’il reste toujours quelque chose à conserver. Dans le cas contraire, ils ne s’embarrasseraient même pas à se poser la question. Dire qu’il ne reste plus rien à conserver, c’est faire l’effort préalable de penser à ce qui aurait mérité de l’être. Et c’est cet effort préalable qui leur permet d’arriver à cette conclusion qui paradoxalement nous autorise à déterminer la nature des principes et des traditions qui doivent être conservés.

Et qu’est-ce que c’est ? Je dirais que c’est avant tout l’essentiel, et que cet essentiel n’est pas perdu à condition que chacun d’entre nous se retrousse les manches et accepte que le combat sera long. C’est là la grande différence à mon sens entre le conservateur et le réactionnaire. Le réactionnaire est un incorrigible défaitiste qui, parce qu’il n’existe plus aucune chance de succès dans le combat à venir pour ses valeurs, préfère se réfugier dans le passé. Et si possible dans le passé le plus lointain afin de trouver enfin un âge d’or de l’humanité.

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Interview avec Charles Beigbeder – Entrepreneur et homme politique

Nous avons eu, durant ces beaux mois d’été, le plaisir d’interviewer Charles Beigbeder. En parallèle d’une brillante carrière dans l’entrepreneuriat et la finance, Charles Beigbeder est un homme impliqué dans la vie de la Cité. Elu dans le VIIIe arrondissement, membre fondateur de l’Avant-Garde, think-tank conservateur-libéral, partisan d’une union des droites, il est récemment devenu actionnaire de L’Incorrect, le magazine qui s’assume comme conservateur et qui se situe aux carrefours des droites. C’est donc tout naturellement que nous avons évoqué avec lui la refondation et la recomposition de la droite en France.

La Nouvelle Garde : Notre première question est à dessein provocatrice. Lors de notre première interview, avec Geoffroy Lejeune, nous avions largement évoqué le sujet des médias, des relais d’opinion et autres influenceurs. Selon lui, la défaite idéologique et sémantique de la droite conservatrice s’est dessinée au moment où la gauche déconstructiviste a délaissé le monde politique pour infiltrer selon la méthode trotskiste les métiers de la transmission (les médias, les universités, le monde de la culture principalement). Elle s’est dessinée plus précisément lorsque ces milieux ont oublié ce qu’Hubert Beuve-Méry appelait le principe de « subjectivité honnête » pour qualifier la ligne éditoriale du Monde, et ont ainsi commencé à présenter leur pensée et leurs opinions comme des faits objectifs. La droite aujourd’hui se lance dans le combat culturel et médiatique en assumant totalement la subjectivité de ses opinions. Elle réplique donc avec 40 ans de retard ce que la gauche a fait par le passé, dans un contexte de défiance terrible envers les organismes de presse et le monde politique et culturel. Par conséquent, la droite n’est-elle pas condamnée à manquer la reconquête des cœurs et des esprits, dans un contexte global pourtant assez favorable ?

Charles Beigbeder : Non, la droite n’est pas condamnée à rester marginale dans l’opinion publique ; elle est même en train d’effectuer un grand basculement idéologique au sein de la population française et plus généralement en Europe occidentale. La reconquête des cœurs et des esprits ne fait donc que commencer. La raison d’un tel virage est double : d’abord, je constate que la droite est mieux armée idéologiquement aujourd’hui qu’il y a 30 ans, qu’elle finit par sortir timidement de l’économisme dans lequel elle s’était longtemps enfermée par honte de son identité et de ses valeurs, qu’elle n’est plus systématiquement à la remorque idéologique de la gauche et qu’elle lui conteste son magistère moral et sa prétention à détenir le monopole de la vérité. Il y a une évolution indéniable du discours politique de droite à ce sujet. Il y a 30 ans, un ministre de droite affirmait que l’immigration était une chance pour la France. Aujourd’hui, celui qui tiendrait de tels propos serait marginalisé dans son camp. Ensuite, c’est l’évolution des faits qui donne raison à ceux qui prêchaient dans le désert il y a 30 ans. Les mouvements dits populistes que l’on voit partout en Europe ne sont qu’une réaction naturelle de la France des oubliés contre les excès de l’immigration et du mondialisme qui ont dégradé leurs conditions de vie. La droite ne fait donc qu’accompagner un mouvement qui vient des profondeurs du réel.

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Interview avec Jean-Thomas Lesueur – Délégué Général de l’Institut Thomas Moore

C’est au siège de l’Institut Thomas More, le think tank libéral-conservateur de référence en France, que nous rencontrons Jean-Thomas Lesueur. Contrairement à de nombreux conservateurs français, Jean-Thomas Lesueur et l’institut qu’il dirige croient en l’Europe et en la refondation du projet politique européen. C’est donc tout naturellement que notre discussion s’est portée sur l’un des grands angles morts de la pensée conservatrice française actuelle.

 

La Nouvelle Garde : La première question sera très générale, et portera sur l’identité même de la construction européenne. C’est à notre sens Marcel Gauchet qui en donne la meilleure définition. Il différencie deux phases dans le processus politique qu’est la construction européenne : la première fait de l’Europe le contre-pouvoir nécessaire face à des nations encore « impérialisées » et à des États puissants enfermés dans des intérêts nationaux mal conçus ; la seconde transforme le contre-pouvoir en une méthode dominante par rapport à des pouvoirs dominés, autrement dit transforme le contre-pouvoir en pouvoir. Cette seconde phase, qui est celle que nous connaissons actuellement, Marcel Gauchet la qualifie de « rencontre non préméditée entre un chantier et une idéologie disponible  », à savoir un abandon de la forme politique qu’est la nation au profit de la communauté européenne, et l’idéologie néolibérale, à savoir la « désubordination de l’économie, comme de la société en général, par rapport à l’autorité publique ». En d’autres termes, la construction européenne ne serait qu’une construction dont l’objectif ne serait rien d’autre qu’un dépassement des États-nations, comme le rêvaient les pères fondateurs à l’image d’Altiero Spinelli. Que pensez-vous de cette définition ?

Jean-Thomas Lesueur : Elle est assez sophistiquée, comme toujours avec Marcel Gauchet ! Et elle ne manque pas de solidité, sans doute. Elle a néanmoins le défaut de vouloir clarifier rétrospectivement des causes et des conséquences qui relèvent à mon sens plus du hasard et du tâtonnement que de la nécessité et de l’intention. Je veux dire que, comme souvent dans les visions critiques de l’Union européenne, elle envisage un plan d’ensemble, un projet pleinement conçu dès sa conception. Dès le départ, 1951 avec le traité de la CECA ou 1957 avec le traité de Rome, il y aurait eu une volonté d’amoindrissement des nations, encouragée par l’impérialisme américain désireux de soumettre les Européens.

Je suis un peu dubitatif devant cet argument si simple et si massif. Que certains acteurs l’aient conçu, c’est possible. Que les États-Unis aient vu dans le plan Marshall le moyen de mettre les pays européens dans sa dépendance l’est tout autant. Mais c’est oublier trois choses majeures selon moi : le danger de domination soviétique à la sortie de la guerre et les années qui ont suivi, l’état réel de destruction du continent après trente années de « suicide européen » et le pacifisme d’hommes pour certains brisés par deux guerres. Relisez Jünger et Nolte, pour citer des auteurs allemands : en 1945, l’Europe est matériellement détruite mais aussi spirituellement et moralement à terre.

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Entretien avec Rémi Brague – Philosophe français

Après Chantal Delsol, c’est Rémi Brague qui nous a fait l’honneur d’accepter de répondre à nos questions. Membre comme elle de l’Académie des Sciences Morales et Politiques, grand connaisseur de la philosophie grecque et grand spécialiste des trois religions monothéistes, Rémi Brague est l’un des esprits les plus brillants de notre paysage intellectuel, une voix qui doit être écoutée alors que notre pays est au prises avec des revendications politiques et identitaires poussées par les promoteurs d’une vision archaïque de l’Islam. C’est donc tout naturellement que nous évoquons avec lui la question de la laïcité, de la disparition des métaphysiques anciennes au profit d’une religion séculière qui peut causer notre perte.

 

La Nouvelle Garde : L’État-Nation s’est historiquement construit en France par la soumission des grands féodaux, que ce soit les grandes familles aristocratiques ou les religions : en 1682 avec l’adoption de la Déclaration des Quatre articles, en 1794 avec la première séparation de l’Église et de l’État, en 1808 avec la création du Consistoire ou en 1905 avec la loi sur la laïcité. Au-delà des spécificités de chacune de ces dates et des buts recherchés par les protagonistes, l’objectif restait le même : permettre à l’État de s’approprier une autorité absolue et dégagée de toute tutelle politique. Aujourd’hui, l’ambition politique au cœur de l’Islam réintroduit une nouvelle tension avec cette « autorité anonyme et désincarnée, celle des lois, de l’État et de ses grands serviteurs qui entendent gouverner au nom de la raison » (Marcel Gauchet).

Pour éliminer cette nouvelle concurrence, faut-il selon vous adapter la loi de 1905 qui n’est pas adaptée à la nature de l’Islam qui ne se conçoit pas que comme religion, mais également comme société et État, en créant par exemple un nouveau consistoire qui permettrait d’organiser le culte musulman pour le rendre compatible avec la République ?

Rémi Brague : Il est de bonne méthode de replacer les problèmes récents dans le long terme. Tocqueville l’avait fait dans son L’Ancien Régime et la Révolution de 1856 à propos de la tendance séculaire vers la centralisation et la suppression des corps intermédiaires. En l’occurrence, la Constitution Civile du Clergé de 1791 était la réalisation d’un vieux rêve que les rois n’avaient pas osé tenter : un catholicisme gallican, privé de la dimension supranationale que lui assurait son lien avec Rome, et donc totalement soumis à l’État.

Cela faisait longtemps qu’une bonne partie de l’Europe catholique louchait vers le système que certains rois avaient imposé à leur pays. Ils le firent en Angleterre par la force des armes et des lois. Ils y parvinrent en Suède à la fois par la force (une guerre civile) et la ruse (ne pas changer brusquement la forme extérieure de la messe). La République de Venise avait failli adopter une solution analogue à l’anglicanisme. C’était tentant pour au moins deux raisons : d’une part parce que l’État se donnait ainsi le droit de « séculariser » (en bon français : voler) les biens des ordres religieux ; d’autre part parce qu’il pouvait réaliser le rêve de tout pouvoir temporel, à savoir sortir de son domaine propre pour s’arroger le monopole du sacré.

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Entretien avec Chantal Delsol – Philosophe française

C’est chez elle, au cœur du VIe arrondissement, que Chantal Delsol nous fait l’honneur de nous recevoir. Fondatrice de l’Institut Hannah Arendt et membre de l’Académie des Sciences Morales et Politiques, Chantal Delsol est une éminente spécialiste des idées politiques, qu’elle a placées au cœur de ses travaux philosophiques en consacrant de nombreux ouvrages à l’idée européenne, la démocratie et les totalitarismes. C’est donc tout naturellement que notre discussion avec cette figure intellectuelle de la droite s’est portée sur les bouleversements intellectuels et politiques en France.

 

La Nouvelle Garde : Analysant dans une tribune parue dans La Nef l’éclosion de « La Manif pour tous » et de ses différentes émanations – et à travers elles le « renouveau du conservatisme » –, vous écriviez : « c’est la génération des 20-40 ans qui se lève ». Quatre ans après les premières manifestations, le candidat conservateur, François Fillon, ne récoltait au premier tour de la présidentielle que 9 % des voix chez les 18-24 ans et 8 % chez les 25-34 ans. Comment expliquez-vous ce contraste ?

Chantal Delsol : Lorsque j’ai évoqué cette génération dans La Nef, je faisais allusion à la qualité de cette génération, et non pas tant à la quantité. J’ai été très surprise par le nombre d’initiatives, comme la vôtre, qui ont immédiatement émergé après la Manif pour tous et qui continuent d’émerger. Il faut toujours avoir à l’esprit que le pouvoir peut se prendre par des minorités actives, par la mobilisation de groupes issus de la société civile, donc pas « le bas ».

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Entretien avec Alexandre Del Valle – Professeur de géopolitique et spécialiste des questions de terrorisme islamique

C’est au cœur du quartier de L’Etoile, à l’heure du petit-déjeuner que nous rencontrons Alexandre Del Valle, dont le dernier ouvrage La stratégie de l’intimidation paru le 21 mars, a fait grand bruit. Spécialiste de géopolitique et des questions de terrorisme islamique, docteur en histoire contemporaine et professeur à l’ESC La Rochelle et l’PAG-Business School, nous avons eu la chance d’évoquer avec lui tant les défis posés par l’islamisme radical, les ressorts de cette idéologie mortifère que les solutions à apporter et qui sont à portée de main.

 

La Nouvelle Garde : Notre première question est à dessein provocatrice. Aujourd’hui, le discours politique fait la différence entre l’Islam et l’islamisme pour différencier la pratique religieuse pacifique et privée de l’utilisation politique de cette religion. Or l’Islam n’est pas qu’une religion, elle est également une société et un Etat. Le bloc théologique islamique – le Coran, les six livres de hadiths, et la Sirah –  prescrit la violence et la servitude pour les non musulmans et notamment les associateurs. De nombreuses sourates et hadiths prescrivent la soumission de la femme par rapport à l’homme. Ils actent la supériorité des lois de Dieu sur les lois civiles. Ils affirment enfin que l’accès au Paradis n’est garanti que pour ceux qui vivent et meurent dans le sentier d’Allah, c’est-à-dire dans la propagation de l’islam dans le monde. Or, depuis que les légistes du début du Xe siècle ont fermé les portes de l’ijtihad, aucune modification de ce bloc théologique n’est permise.

Est-il donc possible de libérer l’Islam de l’islamisme ?

Alexandre Del Valle : Il est possible de libérer l’Islam hétérodoxe, ou libéral si vous préférez, du carcan imposé par l’islam orthodoxe (source majeure de l’islamisme) à condition d’interpeller les grands textes sacrés qui sont l’une des sources du totalitarisme islamiste (expression que j’ai conceptualisée dans les années 1990 bien avant d’autres qui l’ont repris depuis !). Le corpus dont vous parlez a été sanctifié dès le Xe siècle et a dès lors échappé à toute remise en question et toute critique rationnelle, de sorte que ce travail de libération de l’islam modéré ne peut passer que par une réouverture de l’Ijtihad, les portes de l’interprétation ou exégèse hélas fermée depuis le Xe siècle et que la plus grande autorité universitaire et théologique de l’islam sunnite se refuse à ré-ouvrir. Or avant cette fermeture au Xe siècle, l’Islam était beaucoup bien plus divers. Pendant quarante ans, l’école mutazilite a dirigé le califat de Bagdad, alors capitale de l’empire : elle s’était opposée au concept « d’incréation » du Coran, elle favorisait l’usage de la raison critique pour analyser les textes sacrés et permettait une pluralité d’interprétation. Peu avant ce même Xe siècle, avant la fermeture des portes de l’interprétation, il existait vingt maḏhâhib (écoles d’interprétation des sources traditionnelles) dont une quinzaine étaient plus ouvertes sur le monde extérieur, notamment grec et latin. Aujourd’hui, il n’en reste que quatre, qui reconnaissent d’ailleurs valides entre elles et sont les quatre plus rigoristes opposées viscéralement notamment au mutazilisme. Si cet Islam pluriel a donc existé, il n’a donc pas été longtemps à la tête du califat, lequel est devenu une institution productrice de rigorisme et d’impérialisme intolérant, source de persécutions des non-musulmans, jusqu’à l’abolition de sa dernière dynastie, celle des turcs-ottomans, en 1924, par Atätürk. Précisons en passant que le néo-Sultan Erdogan ambitionne de plus en plus de devenir un « Atätürk à l’envers » et qu’il aurait même déclaré publiquement vouloir rétablir le Califat-Sultanat ottoman dès 2024… Ce qui montre que cette institution conquérante et totalitaire, théocratique même, demeure très prestigieuse dans le monde musulman et pas seulement chez les Frères musulmans et les Salafistes de Daesh… Pour revenir à la question de l’hétérodoxie musulmane vaincue une première fois au Xème siècle puis à nouveau déclarée hérétique depuis la reprise en main du monde arabo-musulman par les Frères musulmans et les Salafistes dans un contexte de décolonisation ou de « seconde décolonisation » idéologique, cela signifie que l’Islam n’est que le produit des pouvoirs temporels qui le codifient, et que le monde islamique a jeté le bébé de la modernité sécularisatrice avec le bain de l’anti-occidentalisme revanchard…

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Entretien avec Jean-Louis Harouel – Historien du droit et essayiste français

En 1980, Marcel Gauchet écrivait Les droits de l’homme ne sont pas une politique. C’est ce constat qui resurgit alors que le France est en plein questionnement identitaire face à l’immigration massive et la remise en cause de son identité qui nous amène aujourd’hui à questionner ce concept de droits de l’homme et sa prééminence dans notre paysage juridico-politique. Et qui de mieux placé que Jean-Louis Harouel, agrégé d’histoire du droit, professeur à Panthéon-Assas et auteur, entre autres, des brillants essais Les droits de l’homme contre le peuple et Revenir à la nation pour nous en parler.

 

La Nouvelle Garde: Vous évoquez dans Les droits de l’homme contre le peuple la mise en danger de la démocratie libérale par la religion séculière des droits de l’homme qui pénalise tout propos n’allant pas dans le sens de l’idéologie « mêmiste ». Derrière cela, il existe un constructivisme progressiste. Faut-il en déduire que la nécessité de protéger le peuple et le droit de la Nation à la permanence historique et civilisationnelle puisse légitimer un autre constructivisme, cette fois-ci conservateur, qui briderait l’accès au débat public de tous les entrepreneurs identitaires ?

Jean-Louis Harouel – Si on entend par constructivisme le fait de ne pas s’en remettre exclusivement aux équilibres sociaux spontanés et de mener une politique volontariste, alors oui, il faudra certainement une certaine part de constructivisme. C’est ainsi que j’ai suggéré que la France modifie son droit pour mettre fin à l’« immigration de colonisation » (Abdelmalek Sayad), avec notamment l’abolition du droit au regroupement familial, la fin du bradage de la nationalité française, l’obligation faite aux binationaux de choisir une seule nationalité, la liberté pour la France de choisir souverainement qui elle accepte ou non sur son territoire et parmi ses ressortissants, et que plus généralement se trouve rétablie la grande discrimination fondatrice de la cité : la discrimination entre le citoyen et le non-citoyen, entre les nationaux et les étrangers.

De même que j’ai suggéré, pour bloquer la conquête musulmane non dite mais bien réelle de l’Europe, de cesser de voir dans l’islam une religion comme une autre. L’islam n’est que très secondairement une religion au sens qu’on donne à ce mot en Europe. L’islam est un programme politique dont un des points majeurs est la dissimulation du corps des femmes.  Les textes saints de l’islam contiennent tout un code de règles de droit et de prescriptions sociales qui visent à régir l’intégralité de l’existence individuelle et collective. Système total où se mêlent le politique, le juridique, le civilisationnel et le religieux au sens strict, l’islam a besoin pour prospérer, comme l’avait vu Renan, d’être la religion officielle d’un État qui soit sa chose. L’État musulman étant dans la logique de l’islam, celle-ci est de faire naître des Kosovo en Europe occidentale. D’où l’urgence d’appliquer à l’islam une politique discriminante dont la Suisse – nation démocratique par excellence – nous donne l’exemple avec son interdiction de construire des minarets.

Pour autant, il ne saurait être question de brider l’accès de quiconque au débat public. La fécondité intellectuelle d’une liberté absolue de la pensée et de l’expression de la pensée a été exprimée de manière lumineuse par le grand sociologue Vilfredo Pareto, pour qui « la liberté d’exprimer sa pensée, même quand elle est contraire à l’opinion du plus grand nombre ou de tous, même quand elle froisse les sentiments de quelques uns ou de beaucoup, même quand elle est généralement tenue pour absurde ou criminelle, tourne toujours à l’avantage de la vérité objective ».

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Entretien avec Michèle Tribalat – Démographe et ancienne chercheur à l’INED

C’est cette fois ci par téléphone que nous avons interviewé Michèle Tribalat. Démographe et ancienne chercheur à l’Institut National d’Etudes Démographiques (INED), elle a durant toute sa carrière refusé de se plier au catéchisme pro-immigration et a alerté sur les conséquences d’une immigration incontrôlée que nous pouvons constater aujourd’hui. Elle a notamment publié Les Yeux grands fermés : L’Immigration en France en 2010 et Assimilation : la fin du modèle français en 2013 qui dénonçaient l’aveuglement et les choix idéologiques du personnel politique français face à l’immigration. C’est donc un entretien sans concession sur la réalité d’un phénomène qui est l’une des deux préoccupations majeures des Français.

La Nouvelle Garde : La première question portera sur le réalisme de l’état des lieux de l’immigration en France. Selon l’étude de l’INSEE « Populations française, étrangère et immigrée en France depuis 2006 » parue en 2015, la France compterait 5,9 millions d’immigrés – soit 8,9 % de la population résidant en France – dont 40% provenant du Maghreb ou d’Afrique subsaharienne, un pourcentage en constante augmentation sur les 50 dernières années. Cette proportion monte à 20% de la population lorsqu’on y ajoute l’immigration illégale, par nature difficilement quantifiable, et surtout les individus nés en France dont au moins l’un des deux parents est immigré.

Premièrement, ces chiffres vous paraissent-ils exacts ? Ils semblent ne pas correspondre au ressenti d’une majorité de Français (53%) qui, selon une étude IFOP datant de 2017 sur la perception de l’immigration, pensent qu’il y a trop d’immigrés en France.

Michèle Tribalat : Si l’on prend la France métropolitaine, pour laquelle on dispose d’une série longue, la proportion d’immigrés est estimée à 9,3 % en 2015, avec 44 % originaires d’Afrique – Maghreb compris – en 2014, dernière année pour laquelle la composition par pays de naissance est disponible. 9,3 %, c’est la proportion la plus élevée de toute l’histoire migratoire du XXe siècle et du début du XXIe. Nous connaissons actuellement la troisième grande vague migratoire qui a démarré au début des années 2000, après celle des Trente Glorieuses et celle des années 1920. Les commentaires sur  l’intensité de cette nouvelle vague migratoire sont souvent trompeurs. En fait, tout dépend du point de départ de l’évolution choisi. Si l’on se place à la date du recensement de 1975, qui a été suivi d’un quart de siècle de stagnation de la proportion d’immigrés, l’évolution en moyenne annuelle paraît modérée. Si, au contraire, on se place en 1999, alors cette évolution est comparable à celle des Trente Glorieuses.

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Entretien avec Charlotte d’Ornellas – Journaliste chez Valeurs Actuelles

C’est à quelques pas du siège de Valeurs Actuelles que nous rencontrons Charlotte d’Ornellas. Passée par Boulevard Voltaire, c’est aujourd’hui pour le magazine connu pour ses unes polémiques et son conservatisme assumé que cette journaliste travaille. Chose inhabituelle pour La Nouvelle Garde, nous avons légèrement délaissé nos questions doctrinales sur le libéral-conservatisme et les sujets de société pour nous concentrer sur les révolutions à l’œuvre dans le paysage politique actuel. Emmanuel Macron, Laurent Wauquiez, l’union des droites, comme à son habitude, Charlotte d’Ornellas nous livre une opinion sans concessions.

La Nouvelle Garde : Mettons les pieds dans le plat : Emmanuel Macron n’a-t-il pas été sous-estimé par beaucoup de gens de droite ? Avant d’accéder à l’Élysée, Emmanuel Macron était vu par eux, au mieux, comme le potentiel continuateur de la politique de François Hollande, au pire, comme la marionnette aux mains du « Système ». Quelle est votre analyse propre ?

Charlotte d’Ornellas : Qu’il ait été sous-estimé, c’est évident ! Premier point, Emmanuel Macron président ne correspond pas totalement à Emmanuel Macron candidat. Durant la campagne présidentielle, E.Macron a pris soin de parler à un électorat de gauche, à travers notamment ses déclarations sur la colonisation qui serait un crime contre l’humanité, sur l’inexistence d’une culture proprement française, etc. Propos sur lesquels il n’est jamais revenu, même lorsqu’ils déclenchaient des polémiques. Il a précisé, il a expliqué mais ne s’est jamais rendu sur les plateaux de télévision pour s’excuser. Ce trait de caractère explique bien son rapport à la presse : il a accepté que les médias le servent pendant la campagne mais les immédiatement remis à leur place une fois élu. C’est sur ce point que la droite peut prendre une leçon d’Emmanuel Macron : il fait ce qu’il a prévu de faire sans se soucier de ce que les médias vont en dire. Cela lui laisse une réelle liberté d’action qui aujourd’hui déboussole l’opposition, qui était jusqu’à présent habituée à plus se soucier du jugement des médias que de sa propre volonté politique.

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Entretien avec Jean-Baptiste Noé – Historien et essayiste français

C’est à deux pas du Sénat que nous rencontrons Jean-Baptiste Noé. Historien, écrivain et contributeur régulier à l’Opinion, Jean Baptiste Noé est également rédacteur dans la revue Conflits et intervient régulièrement dans la revue en ligne Contrepoints. C’est avec ce jeune talent intellectuel de la droite que nous avons évoqué, entre autres, les conditions d’existence d’un modèle économique libéral en France, ainsi que son sujet de prédilection, l’École.

La Nouvelle Garde : Contrairement à ce que l’on croit trop souvent, c’est en France, et non en Angleterre ou aux États-Unis, que sont apparues les prémices de la pensée libérale et l’essor de l’économie politique, avec notamment Boisguilbert et l’école physiocratique ensuite. Comment expliquer alors que la France, exception faite de la Monarchie de Juillet, n’ait jamais été libérale ? Aujourd’hui encore, ceux qui, au centre ou à droite, prétendent incarner une ligne « libérale » face à la ligne dite « identitaire », n’ont en réalité rien de libéral… Tous socialistes, droite comprise ?

Jean-Baptiste Noé : C’est une question assez complexe. Commençons tout d’abord par définir ce qu’est le libéralisme. À l’origine, le libéralisme est une réflexion sur le droit et la loi. C’est considérer que la personne est au centre de la société, que la loi sert à la protéger et que l’État est le garant du respect de cette personne et de ses droits. A contrario, le socialisme considère que l’État est au centre de la société et que la personne est là pour « alimenter » l’État. En partant du droit, cette pensée a ensuite des incidences économiques. Prenez par exemple Vauban qui a écrit un traité sur l’impôt, ou encore Boisguilbert : ces personnes s’opposent à l’absolutisme dans le sens où ils considèrent que le Roi et l’Etat n’ont pas tous les pouvoirs et que la personne est première.

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