Publiée dans l’Incorrect le 16 janvier 2019

A moins de cinq mois d’une élection européenne qui s’annonce capitale pour l’orientation globale d’une structure née il y a près de soixante-dix ans, si ce n’est pour une idée vieille quant à elle de trois siècles, les principaux partis de gouvernement d’un pays fondateur et moteur de l’Union Européenne sont incapables d’arrêter ni leur ligne, ni leur liste qui se proposeront aux suffrages des Français.

Cette paralysie devant la sanction qui s’annonce touche plus qu’aucun autre parti celui de la droite française. Une paralysie à la hauteur de la responsabilité qu’il a d’exorciser le traumatisme de 2008 causé par un « détournement de démocratie » qu’il a lui-même orchestré.

Car 2008 hante l’inconscient de notre nation et symbolise parfaitement la « sécession des élites ». Une sécession envers un peuple, celui-là même qui manifeste aujourd’hui et laisse éclater une colère qui couvait depuis trop longtemps, perçu comme superflu, ce dernier n’ayant ni la maitrise des différentes techniques managériales compatibles et nécessaires à la nouvelle gouvernance en vigueur, ni même la capacité à percevoir la complexité et la complétude des enjeux d’un monde global nécessitant une telle gouvernance.

2008, ce fut ce moment où les élites firent sans le peuple, l’exclurent de la discussion démocratique par la réintroduction d’un élément d’autorité comme fondement à la relation de pouvoir, à savoir l’expertise technique et le discernement quant au sens de l’Histoire.

Dix ans après cette trahison des aspirations populaires, il incombe à la droite d’apporter une réponse à la défiance qui s’en est ensuivie. Facétie de l’Histoire, il se pourrait que cette réponse commence sur le thème de l’Europe qui avait motivé la forfaiture. Dix ans après cette date, l’Europe ne plus être considérée comme la maison de pré-retraite où envoyer des « gueules cassées » de la politique nationale ou la victime facile sur laquelle les uns et les autres se défaussent de leurs lâchetés.

Le choix de confier la tête de liste à François-Xavier Bellamy est une espérance quant à la compréhension par la droite, que l’on disait la plus bête du monde, de sa responsabilité. Une espérance quant au refus de la droite de sacrifier dorénavant au Consensus européiste, progressiste, diversitaire et libéral.

Car Bellamy, en plus d’être jeune et séduisant, est doué d’une faconde exceptionnelle qui sert d’écrin à une pensée complexe.

Il est devenu urgent pour la droite de faire toute leur place aux idées. Et toute leur place à ceux qui peuvent les contempler et les porter. Car peu nombreux sont les politiques à vocation d’intellectuels ; peu nombreux sont ceux qui demeurent pétris de références philosophiques et historiques, qui ont une conscience aigüe de la tradition dans laquelle ils s’inscrivent. A cet égard, Bruno Retailleau est un arbre qui cache une forêt. Il est donc devenu nécessaire de réhabiliter la figure du philosophe-roi. Non pas cette figure qui confisque le pouvoir pour préserver sa propre existence et use de violence pour pousser à l’obéissance, mais cette figure qui modifie la doctrine des Idées afin de la rendre utilisable pour une théorie de la politique, qui construit un principe d’applicabilité de l’Idée dans la vie de la Cité. 

Le choix de Bellamy serait un changement de paradigme salutaire et impératif. Il ne s’agira plus de faire de la politique pour sonner un sens à sa propre vie, mais de vivre pour donner du sens à la politique.

Ce sens, c’est celui du conservatisme, ce dernier humanisme que la droite doit aujourd’hui assumer.

C’est cette philosophie de la limite et de la permanence qui seule peut aujourd’hui garantir l’épanouissement de la personne humaine et sa dignité. En faisant de l’individu et de la satisfaction de ses désirs et de ses revendications identitaires une fin en soi, le progressisme ne célèbre pas l’Homme, il l’isole et le dénude dans un monde devenu soudain trop grand et froid pour lui comme le dit Mathieu Bock Coté ; il ne libère pas l’Homme, il le rend esclave de ses propres pulsions et de ses passions tristes. Le conservatisme, lui, comprend que l’individu ne devient homme que lorsqu’il s’accomplit dans le service d’une cause plus grande que lui, lorsqu’il cesse de se considérer comme son propre horizon indépassable et agit non plus que pour lui mais pour d’autres qu’il ne connait a priori pas mais dans lesquels il se reconnait.

Le conservatisme, c’est cet intangible qui résiste aux ressacs et aux dérives de la Modernité, qui réhabilite les médiations et défend la permanence anthropologique des hommes et le droit à la continuité historique de leur communauté politique.

Il n’est plus temps d’écouter, ou de donner du crédit, à ceux qui s’étranglent à l’idée de confier une telle responsabilité à François Xavier Bellamy et qui cachent le vide abyssal de leur réflexion et de leur raisonnement par une somme d’anathèmes. La droite des convictions serait parait-il de retour. L’opportunité de le prouver est donnée.