Auteur : La Nouvelle Garde Page 2 of 4

Bellamy aux européennes: il ne suffira pas d’un signe.

Publiée dans l’Incorrect le 16 janvier 2019

A moins de cinq mois d’une élection européenne qui s’annonce capitale pour l’orientation globale d’une structure née il y a près de soixante-dix ans, si ce n’est pour une idée vieille quant à elle de trois siècles, les principaux partis de gouvernement d’un pays fondateur et moteur de l’Union Européenne sont incapables d’arrêter ni leur ligne, ni leur liste qui se proposeront aux suffrages des Français.

Cette paralysie devant la sanction qui s’annonce touche plus qu’aucun autre parti celui de la droite française. Une paralysie à la hauteur de la responsabilité qu’il a d’exorciser le traumatisme de 2008 causé par un « détournement de démocratie » qu’il a lui-même orchestré.

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En finir avec le traumatisme de 2005

Au soir du 29 mai 2005, après des semaines de débats inintelligibles et d’arguties juridiques et politiques brumeuses, Jacques Chirac, Président de la République, la mine sombre, s’exprimait devant les Français qui, à près de 55%, venaient d’exprimer leur refus de voir leur pays ratifier le traité établissant une constitution pour l’Europe.

Le regard grave et la voix inquiète, Jacques Chirac affirma prendre acte de la décision du peuple souverain, tout en s’empressant d’ajouter qu’elle créait « inévitablement un contexte difficile pour la défense des intérêts de la France en Europe ». En conclusion d’une allocution aussi brève que solennelle, il déclara vouloir répondre aux inquiétudes et aux attentes exprimées par le peuple français en donnant une impulsion nouvelle et forte à l’action gouvernementale.

Cette réponse, ce fut non pas Jacques Chirac qui l’apporta, mais son successeur, en faisant voter trois ans plus tard par voie législative ce que le peuple souverain avait refusé par référendum.

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Interview avec Laurent Bouvet – Politologue et essayiste

Contrairement à nos habitudes, ce n’est cette fois-ci ni une journaliste star d’un média de droite, ni une sommité philosophique, ni même un porte-voix intellectuel du conservatisme que nous rencontrons. Homme de gauche revendiqué, longtemps proche du Parti Socialiste, Laurent Bouvet tranche néanmoins clairement avec le sectarisme et la vacuité intellectuelle qui caractérisent désormais ce qu’il reste de cette famille politique, tout comme il combat férocement les dérives identitaires qui la minent. Professeur de sciences politiques, politologue et essayiste bien connu, l’auteur de L’insécurité culturelle a participé à la création du collectif Printemps républicain, symbole de la résurgence de la gauche républicaine, avec lequel il défend inlassablement la laïcité et les valeurs de la République dans le débat public. C’est donc naturellement que nous avons abordé ces sujets avec ce « républicain de l’autre rive ».

 

La Nouvelle Garde : Lorsque nous avons été rapidement présentés par Mathieu Bock-Côté, nous vous avions dit que vous représentiez le retour de la gauche jacobine, en référence aux différentes gauches que circonscrit Jacques Julliard dans Les gauches françaises. Un qualificatif que vous avez rejeté pour lui préférer la gauche républicaine. Dans quelle tradition historique vous situez vous et situez-vous le collectif auquel vous appartenez ?

Laurent Bouvet : Il existe au sein du Printemps républicain de nombreuses sensibilités différentes, sur des sujets aussi divers que l’Europe ou l’économie par exemple, mais qui ont en commun le souhait de défendre les valeurs de la République qui sont aujourd’hui attaquées de toute part. Il m’est donc bien difficile de parler en leur nom.

En ce qui me concerne, je fais une différence importante entre la gauche jacobine et celle républicaine. Le jacobinisme a une histoire très spécifique. Certains éléments de cette histoire sont tout à fait acceptables, comme la verticalité et donc l’autorité de l’Etat, qui est d’ailleurs une idée prérévolutionnaire, la Révolution n’ayant modifié que la nature de la source de cette légitimité. Cette tradition politique française, cette « colonne d’air » comme disait Michelet entre le bas et le haut de la société. D’autres éléments du jacobinisme me sont moins sympathiques, comme par exemple la légitimation de la violence politique même si elle est faite « au nom du peuple ». Seul l’Etat, démocratique, qui en a le monopole légitime, peut l’exercer dès lors qu’il agit dans le cadre du droit. Cette même violence qui s’est déchainée lors des épisodes de la Terreur par exemple, ou que l’on retrouve dans l’anarcho-syndicalisme du XIXe siècle et dans la gauche totalitaire du XXe siècle. Dans le jacobinisme, le peuple est à la fois considéré comme la source d’une légitimité politique et d’une violence légitime. Il confond en un sens le populus avec la plebs.

Ce sont les raisons pour lesquelles je préfère le terme de républicain à celui de jacobin.

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Interview avec Frédéric Rouvillois – Spécialiste de l’histoire politique et essayiste

C’est chez lui, au cœur du IXe arrondissement, que Frédéric Rouvillois nous fait l’honneur de nous recevoir. Juriste, essayiste, spécialiste de l’histoire politique, Frédéric Rouvillois est à la pointe du combat pour la réhabilitation d’un conservatisme qui s’assume dans le paysage politique français et dans le débat d’idées. Il a, à cet effet, dirigé en 2017 la rédaction de l’imposant Dictionnaire du conservatisme, et porte avec Chantal Delsol l’initiative de la Fondation du Pont Neuf, le « Terra Nova de droite ». C’est donc tout naturellement que notre discussion avec cette figure intellectuelle de la droite s’est portée sur ce courant politique si déprécié ainsi que sur les conditions préalables à son émergence en tant que véritable force politique.

 

La Nouvelle Garde : Avant d’en arriver aux questions plus spécifiquement liées au conservatisme et aux conditions de son infusion dans le tissu social, une question, à dessein pessimiste nous brûle les lèvres.

Que reste-t-il à conserver ? 

La gauche libérale-libertaire, à l’œuvre depuis près de cinquante ans en France n’a-t-elle pas fait trop de dégâts ? Il y a certes une nouvelle exigence assumée de limites et de permanence de la part des Français, mais ceux-là sont également les premiers à plébisciter les avancées sociétales et les révolutions techniques qui témoignent et résultent d’une illimitation des désirs et de l’éclatement des repères ? 

Frédéric Rouvillois : C’est la grande question qui se pose, à laquelle les prophètes de malheur tendent à répondre : « plus rien ».

Cependant, eux-mêmes savent pertinemment qu’il reste toujours quelque chose à conserver. Dans le cas contraire, ils ne s’embarrasseraient même pas à se poser la question. Dire qu’il ne reste plus rien à conserver, c’est faire l’effort préalable de penser à ce qui aurait mérité de l’être. Et c’est cet effort préalable qui leur permet d’arriver à cette conclusion qui paradoxalement nous autorise à déterminer la nature des principes et des traditions qui doivent être conservés.

Et qu’est-ce que c’est ? Je dirais que c’est avant tout l’essentiel, et que cet essentiel n’est pas perdu à condition que chacun d’entre nous se retrousse les manches et accepte que le combat sera long. C’est là la grande différence à mon sens entre le conservateur et le réactionnaire. Le réactionnaire est un incorrigible défaitiste qui, parce qu’il n’existe plus aucune chance de succès dans le combat à venir pour ses valeurs, préfère se réfugier dans le passé. Et si possible dans le passé le plus lointain afin de trouver enfin un âge d’or de l’humanité.

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Monsieur le Premier Ministre, vous nous avez déçus.

Il y a quelques jours Manuel Valls annonçait son désir de briguer la mairie de Barcelone. Si son souhait de tenter sa chance et de relancer sa carrière dans la capitale catalane était connu depuis plusieurs mois, nous ne pensions pas qu’il oserait réellement franchir le Rubicon. En l’occurrence les Pyrénées.

Certes Manuel Valls est né à Barcelone, mais ses parents vivaient déjà en France. Certes il est né en Espagne, mais la majeure partie de son instruction se fit en France. Certes il est né en Catalogne, mais il choisit de faire de la politique en France. Et il commença tôt. D’abord au MJS dans lequel il s’engagea pour soutenir Michel Rocard puis à l’UNEF pendant ses études d’histoire à Tolbiac. Ce fut ensuite la politique élective. Conseiller régional d’Ile-de-France à seulement 24 ans, et ce pendant 16 ans. Maire d’Evry à 39 ans, et ce pendant 11 ans. Député à 40 ans, il siégea à l’Assemblée Nationale  dans discontinuer pendant 16 ans, à la notable exception de la période 2012-2017 où il fut successivement Ministre de l’Intérieur puis Premier Ministre et enfin candidat à la primaire du Parti Socialiste pour représenter la gauche française à l’élection présidentielle.

Un cursus honorum comme la France en raffole. Malgré son échec face au candidat Hamon, il choisit de se représenter à nouveau à Evry en endossant l’étiquette du parti majoritaire, déclarant vouloir aider le Président de la République nouvellement élu à engager la refondation politique qu’il avait portée sans avoir pu la mettre en place.

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Interview avec Charles Beigbeder – Entrepreneur et homme politique

Nous avons eu, durant ces beaux mois d’été, le plaisir d’interviewer Charles Beigbeder. En parallèle d’une brillante carrière dans l’entrepreneuriat et la finance, Charles Beigbeder est un homme impliqué dans la vie de la Cité. Elu dans le VIIIe arrondissement, membre fondateur de l’Avant-Garde, think-tank conservateur-libéral, partisan d’une union des droites, il est récemment devenu actionnaire de L’Incorrect, le magazine qui s’assume comme conservateur et qui se situe aux carrefours des droites. C’est donc tout naturellement que nous avons évoqué avec lui la refondation et la recomposition de la droite en France.

La Nouvelle Garde : Notre première question est à dessein provocatrice. Lors de notre première interview, avec Geoffroy Lejeune, nous avions largement évoqué le sujet des médias, des relais d’opinion et autres influenceurs. Selon lui, la défaite idéologique et sémantique de la droite conservatrice s’est dessinée au moment où la gauche déconstructiviste a délaissé le monde politique pour infiltrer selon la méthode trotskiste les métiers de la transmission (les médias, les universités, le monde de la culture principalement). Elle s’est dessinée plus précisément lorsque ces milieux ont oublié ce qu’Hubert Beuve-Méry appelait le principe de « subjectivité honnête » pour qualifier la ligne éditoriale du Monde, et ont ainsi commencé à présenter leur pensée et leurs opinions comme des faits objectifs. La droite aujourd’hui se lance dans le combat culturel et médiatique en assumant totalement la subjectivité de ses opinions. Elle réplique donc avec 40 ans de retard ce que la gauche a fait par le passé, dans un contexte de défiance terrible envers les organismes de presse et le monde politique et culturel. Par conséquent, la droite n’est-elle pas condamnée à manquer la reconquête des cœurs et des esprits, dans un contexte global pourtant assez favorable ?

Charles Beigbeder : Non, la droite n’est pas condamnée à rester marginale dans l’opinion publique ; elle est même en train d’effectuer un grand basculement idéologique au sein de la population française et plus généralement en Europe occidentale. La reconquête des cœurs et des esprits ne fait donc que commencer. La raison d’un tel virage est double : d’abord, je constate que la droite est mieux armée idéologiquement aujourd’hui qu’il y a 30 ans, qu’elle finit par sortir timidement de l’économisme dans lequel elle s’était longtemps enfermée par honte de son identité et de ses valeurs, qu’elle n’est plus systématiquement à la remorque idéologique de la gauche et qu’elle lui conteste son magistère moral et sa prétention à détenir le monopole de la vérité. Il y a une évolution indéniable du discours politique de droite à ce sujet. Il y a 30 ans, un ministre de droite affirmait que l’immigration était une chance pour la France. Aujourd’hui, celui qui tiendrait de tels propos serait marginalisé dans son camp. Ensuite, c’est l’évolution des faits qui donne raison à ceux qui prêchaient dans le désert il y a 30 ans. Les mouvements dits populistes que l’on voit partout en Europe ne sont qu’une réaction naturelle de la France des oubliés contre les excès de l’immigration et du mondialisme qui ont dégradé leurs conditions de vie. La droite ne fait donc qu’accompagner un mouvement qui vient des profondeurs du réel.

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Interview avec Jean-Thomas Lesueur – Délégué Général de l’Institut Thomas Moore

C’est au siège de l’Institut Thomas More, le think tank libéral-conservateur de référence en France, que nous rencontrons Jean-Thomas Lesueur. Contrairement à de nombreux conservateurs français, Jean-Thomas Lesueur et l’institut qu’il dirige croient en l’Europe et en la refondation du projet politique européen. C’est donc tout naturellement que notre discussion s’est portée sur l’un des grands angles morts de la pensée conservatrice française actuelle.

 

La Nouvelle Garde : La première question sera très générale, et portera sur l’identité même de la construction européenne. C’est à notre sens Marcel Gauchet qui en donne la meilleure définition. Il différencie deux phases dans le processus politique qu’est la construction européenne : la première fait de l’Europe le contre-pouvoir nécessaire face à des nations encore « impérialisées » et à des États puissants enfermés dans des intérêts nationaux mal conçus ; la seconde transforme le contre-pouvoir en une méthode dominante par rapport à des pouvoirs dominés, autrement dit transforme le contre-pouvoir en pouvoir. Cette seconde phase, qui est celle que nous connaissons actuellement, Marcel Gauchet la qualifie de « rencontre non préméditée entre un chantier et une idéologie disponible  », à savoir un abandon de la forme politique qu’est la nation au profit de la communauté européenne, et l’idéologie néolibérale, à savoir la « désubordination de l’économie, comme de la société en général, par rapport à l’autorité publique ». En d’autres termes, la construction européenne ne serait qu’une construction dont l’objectif ne serait rien d’autre qu’un dépassement des États-nations, comme le rêvaient les pères fondateurs à l’image d’Altiero Spinelli. Que pensez-vous de cette définition ?

Jean-Thomas Lesueur : Elle est assez sophistiquée, comme toujours avec Marcel Gauchet ! Et elle ne manque pas de solidité, sans doute. Elle a néanmoins le défaut de vouloir clarifier rétrospectivement des causes et des conséquences qui relèvent à mon sens plus du hasard et du tâtonnement que de la nécessité et de l’intention. Je veux dire que, comme souvent dans les visions critiques de l’Union européenne, elle envisage un plan d’ensemble, un projet pleinement conçu dès sa conception. Dès le départ, 1951 avec le traité de la CECA ou 1957 avec le traité de Rome, il y aurait eu une volonté d’amoindrissement des nations, encouragée par l’impérialisme américain désireux de soumettre les Européens.

Je suis un peu dubitatif devant cet argument si simple et si massif. Que certains acteurs l’aient conçu, c’est possible. Que les États-Unis aient vu dans le plan Marshall le moyen de mettre les pays européens dans sa dépendance l’est tout autant. Mais c’est oublier trois choses majeures selon moi : le danger de domination soviétique à la sortie de la guerre et les années qui ont suivi, l’état réel de destruction du continent après trente années de « suicide européen » et le pacifisme d’hommes pour certains brisés par deux guerres. Relisez Jünger et Nolte, pour citer des auteurs allemands : en 1945, l’Europe est matériellement détruite mais aussi spirituellement et moralement à terre.

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Entretien avec Rémi Brague – Philosophe français

Après Chantal Delsol, c’est Rémi Brague qui nous a fait l’honneur d’accepter de répondre à nos questions. Membre comme elle de l’Académie des Sciences Morales et Politiques, grand connaisseur de la philosophie grecque et grand spécialiste des trois religions monothéistes, Rémi Brague est l’un des esprits les plus brillants de notre paysage intellectuel, une voix qui doit être écoutée alors que notre pays est au prises avec des revendications politiques et identitaires poussées par les promoteurs d’une vision archaïque de l’Islam. C’est donc tout naturellement que nous évoquons avec lui la question de la laïcité, de la disparition des métaphysiques anciennes au profit d’une religion séculière qui peut causer notre perte.

 

La Nouvelle Garde : L’État-Nation s’est historiquement construit en France par la soumission des grands féodaux, que ce soit les grandes familles aristocratiques ou les religions : en 1682 avec l’adoption de la Déclaration des Quatre articles, en 1794 avec la première séparation de l’Église et de l’État, en 1808 avec la création du Consistoire ou en 1905 avec la loi sur la laïcité. Au-delà des spécificités de chacune de ces dates et des buts recherchés par les protagonistes, l’objectif restait le même : permettre à l’État de s’approprier une autorité absolue et dégagée de toute tutelle politique. Aujourd’hui, l’ambition politique au cœur de l’Islam réintroduit une nouvelle tension avec cette « autorité anonyme et désincarnée, celle des lois, de l’État et de ses grands serviteurs qui entendent gouverner au nom de la raison » (Marcel Gauchet).

Pour éliminer cette nouvelle concurrence, faut-il selon vous adapter la loi de 1905 qui n’est pas adaptée à la nature de l’Islam qui ne se conçoit pas que comme religion, mais également comme société et État, en créant par exemple un nouveau consistoire qui permettrait d’organiser le culte musulman pour le rendre compatible avec la République ?

Rémi Brague : Il est de bonne méthode de replacer les problèmes récents dans le long terme. Tocqueville l’avait fait dans son L’Ancien Régime et la Révolution de 1856 à propos de la tendance séculaire vers la centralisation et la suppression des corps intermédiaires. En l’occurrence, la Constitution Civile du Clergé de 1791 était la réalisation d’un vieux rêve que les rois n’avaient pas osé tenter : un catholicisme gallican, privé de la dimension supranationale que lui assurait son lien avec Rome, et donc totalement soumis à l’État.

Cela faisait longtemps qu’une bonne partie de l’Europe catholique louchait vers le système que certains rois avaient imposé à leur pays. Ils le firent en Angleterre par la force des armes et des lois. Ils y parvinrent en Suède à la fois par la force (une guerre civile) et la ruse (ne pas changer brusquement la forme extérieure de la messe). La République de Venise avait failli adopter une solution analogue à l’anglicanisme. C’était tentant pour au moins deux raisons : d’une part parce que l’État se donnait ainsi le droit de « séculariser » (en bon français : voler) les biens des ordres religieux ; d’autre part parce qu’il pouvait réaliser le rêve de tout pouvoir temporel, à savoir sortir de son domaine propre pour s’arroger le monopole du sacré.

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Abrogeons la loi Pleven !

Le 03 mai, Eric Zemmour a été condamné en appel pour les propos qu’il avait tenus en 2016, alors qu’il décrivait l’état de certaines banlieues françaises et l’influence grandissante des islamistes et autres propagateurs de haine de la France. Le 03 mai, Eric Zemmour a été condamné pour avoir dit sur un plateau de télévision ce que de nombreux rapports commandés par nos gouvernements successifs décrivent, du rapport Obin en 2004 jusqu’au rapport Clavreul en 2018, et dont témoignent de plus en plus de journalistes, essayistes, sociologues et intellectuels, de Gilles Kepel à Christophe Guilluy, en passant par Olivier Galland et Anne Muxel.

Le même jour, Facebook, entreprise privée s’il en est, décidait de fermer la page du mouvement politique Génération Identitaire, sous la pression d’associations et de représentants de l’Etat.

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Entretien avec Chantal Delsol – Philosophe française

C’est chez elle, au cœur du VIe arrondissement, que Chantal Delsol nous fait l’honneur de nous recevoir. Fondatrice de l’Institut Hannah Arendt et membre de l’Académie des Sciences Morales et Politiques, Chantal Delsol est une éminente spécialiste des idées politiques, qu’elle a placées au cœur de ses travaux philosophiques en consacrant de nombreux ouvrages à l’idée européenne, la démocratie et les totalitarismes. C’est donc tout naturellement que notre discussion avec cette figure intellectuelle de la droite s’est portée sur les bouleversements intellectuels et politiques en France.

 

La Nouvelle Garde : Analysant dans une tribune parue dans La Nef l’éclosion de « La Manif pour tous » et de ses différentes émanations – et à travers elles le « renouveau du conservatisme » –, vous écriviez : « c’est la génération des 20-40 ans qui se lève ». Quatre ans après les premières manifestations, le candidat conservateur, François Fillon, ne récoltait au premier tour de la présidentielle que 9 % des voix chez les 18-24 ans et 8 % chez les 25-34 ans. Comment expliquez-vous ce contraste ?

Chantal Delsol : Lorsque j’ai évoqué cette génération dans La Nef, je faisais allusion à la qualité de cette génération, et non pas tant à la quantité. J’ai été très surprise par le nombre d’initiatives, comme la vôtre, qui ont immédiatement émergé après la Manif pour tous et qui continuent d’émerger. Il faut toujours avoir à l’esprit que le pouvoir peut se prendre par des minorités actives, par la mobilisation de groupes issus de la société civile, donc pas « le bas ».

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