Auteur : La Nouvelle Garde (Page 1 sur 4)

Ligue du LOL: «Généalogie d’un entre-soi qui sombre dans la tartufferie»

Publié dans le Figaro Vox le 13 février 2019

La ligue du LOL. On imagine un groupe d’adolescents attardés incapables de communiquer autrement qu’en répétant les phrases cultes de films comme La cité de la peur, OSS 117 ou encore Dikkenek, et pour qui le summum de l’humour se résume à citer ses amis sur les pages fantasques dont foisonnent aujourd’hui les réseaux sociaux. Cela aurait même pu être attendrissant, tant ces mêmes réseaux sont devenus un égout à ciel ouvert où la délation sans preuve est encouragée et magnifiée et où des hordes anonymes mais déchainées se coiffent du panache de la justice pour invectiver et harceler impunément.

Mais en guise d’adolescents, Alexandre Hervaud, Vincent Glad, Guillaume Ledit, David Doucet, Stephen des Aulnois, Christophe Carron, Guilhem Malissen, etc. Tous, au choix, journalistes chez Libé, Slate, Télérama ou encore aux Inrocks, collaborateurs pour des sites d’info-divertissement « cools » comme Konbini, Topito ou à la tête de magazines « trendy » comme Usbek & Rica ou Le Tag Parfait. Ce n’est plus la ligue du LOL, c’est la ligue de la fraicheur.

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Européennes: comment la droite peut sortir de l’étau

Publié dans le Figaro Vox le 31 janvier 2019

Alors que les Français, et les Européens dans leur ensemble, seront appelés aux urnes dans quatre mois pour décider de l’orientation globale d’une structure née il y a près de soixante-dix ans, si ce n’est de l’avenir d’une idée vieille quant à elle de trois siècles, le parti de Laurent Wauquiez vient de se lancer dans la course, après la France Insoumise et le Rassemblement National.

Le moment est crucial et l’élection d’importance. Car l’Europe de délite. Elle n’est plus tiraillée qu’entre l’eurolatrie naïve et l’europhobie revancharde, entre d’un côté le Consensus européiste, celui de la paix perpétuelle et de la prospérité partagée, de la célébration de l’individu et de la condamnation de tout commun qui entraverait l’expression bien légitime des différences et de l’autre, le véritable repli, celui qui saboterait une idée au cœur de notre civilisation.

Plus que jamais, cette idée européenne nécessite que lui soit proposée une troisième voie, celle qui tient compte des aspirations profondes des peuples sans jamais ni les pervertir ni les trahir sur l’autel de la démagogie électoraliste et des ambitions personnelles. Ces aspirations qui se sont exprimées en Hongrie, en Pologne, en Autriche, au Danemark, en Italie et au Royaume-Uni. Celles que l’on devine en Allemagne, en Espagne, en Finlande et aujourd’hui en France.

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Interview avec Alain de Benoist – Philosophe et essayiste

C’est chez lui qu’Alain de Benoist nous reçoit, entre un séjour à la campagne pour avancer sur ses prochains ouvrages et un voyage en Italie où il donne un cycle de conférences. Tout de suite, ce grand penseur et cet observateur attentif de la vie politique et de celle des idées, nous avoue qu’il est dubitatif quand à l’impact de notre initiative. Il ne connait que trop bien le personnel politique pour croire facilement que les idées l’intéressent et guident son action. Cependant, il reconnait très vite que, dans le contexte politique et social français actuel, celle-ci, et toutes celles qui ont l’ambition de participer à la refondation idéologique de la droite, peuvent être d’un certain intérêt. C’est ainsi que notre conversation commence.

La Nouvelle Garde : Dans un de vos derniers essais, Le moment populiste, vous soutenez que désormais que le vrai clivage n’est plus horizontal, entre droite et gauche, mais vertical, entre le peuple qui ne se résout plus à être quantité négligeable dans la marche de sa communauté politique, et les élites classiques qui pensent pouvoir diriger cette communauté sans plus en référer au peuple souverain.

Le mouvement actuel des Gilets jaunes pourrait témoigner en effet de cette reconfiguration, dont témoignait déjà Guilluy en 2004 : « le phénomène marquant de ces dernières années, ce n’est pas tant la paupérisation de certaines cités que l’embourgeoisement des centres. Les couches supérieures de la société se concentrent au cœur des villes, colonisant même les anciens quartiers populaires. […] Cette « ghettoïsation par le haut » dessine dans le même temps une « France périphérique », ignorée de la sphère politique et culturelle, alors qu’elle est largement majoritaire. Elle unit des catégories sociales autrefois opposées l’ouvrier en milieu rural, le petit paysan, l’employé d’un lotissement pavillonnaire bas de gamme et le chômeur de banlieue subissent aujourd’hui le même sentiment de relégation ».

Mais que répondez-vous à ceux qui croient au contraire que nous sommes à un moment de reconfiguration des oppositions politiques où nous retrouvons la teneur réelle et quasiment ontologique entre la droite et la gauche, entre un certain pessimisme anthropologique pragmatique et un optimisme historique chargé d’une dose d’utopie. Ou pour reprendre la comparaison faite par Jean-Louis Harouel, entre l’héritière du Christianisme que serait la droite et sa falsification que serait la gauche ? Notre époque serait donc celle où nous refermerions la page de cette indifférenciation entre partis.

Alain de Benoist : A ceux qui contesteraient cette analyse, je recommanderais tout simplement de regarder autour d’eux plutôt que de jongler avec des abstractions. Avec la révolte des gilets jaunes, notre pays a vécu pendant plusieurs semaines dans une sorte d’état pré-insurrectionnel. Les gilets jaunes sont-ils de droite ou de gauche ? Posée ainsi, la question n’a pas de sens. Dans toute l’Europe, nous assistons au même phénomène : la poussée populiste entraîne le déclin, et parfois même la disparition, des anciens grands partis institutionnels qui étaient les principaux vecteurs du clivage « horizontal » droite-gauche. En France, pour la première fois depuis que le chef de l’Etat est élu au suffrage universel, nous avons assisté en 2017 à une élection présidentielle où les deux finalistes avaient pour point commun de ne pas se situer par rapport à ce clivage. A peine élu, Emmanuel Macron a d’ailleurs mis en place une équipe ayant la même caractéristique, puisque son gouvernement associe principalement des libéraux de droite et des libéraux de gauche.

Le caractère obsolète de ce clivage droite-gauche apparaît encore en pleine lumière avec quantité de problématiques plus ou moins nouvelles qui – de l’écologisme à l’intelligence artificielle – ne se laissent pas analyser à la lumière de ce clivage et font plutôt apparaître des clivages transversaux inédits.

Le clivage droite-gauche a existé dans le passé. Mais son contenu n’a cessé de varier d’une époque à l’autre et d’un pays à l’autre. En outre, il n’y a jamais eu une droite et une gauche, mais des droites et des gauches, aux positions souvent totalement incompatibles. Après des décennies de travail, les politologues ne croient plus qu’il existe un couple de notions qui pourraient résumer toutes les droites d’un côté et toutes les gauches de l’autre. Bien sûr, on peut toujours se faire une idée personnelle de ce qu’est la « vraie droite » et la « vraie gauche », mais c’est là une démarche complètement subjective et arbitraire. A chaque fois, les exceptions sont trop nombreuses.

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L’Europe ne fait plus d’enfants

Publié dans l’Incorrect le 23 janvier 2019

Pour la quatrième année consécutive, la France a accusé en 2018 une baisse de sa natalité. Selon le bilan démographique récemment publié par l’Insee, c’est douze mille naissances en moins par rapport à 2017.

Si ce rapport se veut positif en rappelant que la France compte dorénavant près de 67 millions de personnes, que notre croissance démographique de 0.3% par rapport à l’année précédente reste majoritairement due à un solde naturel positif, s’il s’enorgueillit enfin de voir la France conserver son titre de pays le plus fécond d’Europe, il ne saurait cependant cacher la pente sur laquelle s’est engagée notre démographie, et au-delà, celle de notre continent. Et cette pente est descendante.

Car l’Europe se dépeuple. Ou du moins, elle se dépeuple d’Européens.

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Bellamy aux européennes: il ne suffira pas d’un signe.

Publiée dans l’Incorrect le 16 janvier 2019

A moins de cinq mois d’une élection européenne qui s’annonce capitale pour l’orientation globale d’une structure née il y a près de soixante-dix ans, si ce n’est pour une idée vieille quant à elle de trois siècles, les principaux partis de gouvernement d’un pays fondateur et moteur de l’Union Européenne sont incapables d’arrêter ni leur ligne, ni leur liste qui se proposeront aux suffrages des Français.

Cette paralysie devant la sanction qui s’annonce touche plus qu’aucun autre parti celui de la droite française. Une paralysie à la hauteur de la responsabilité qu’il a d’exorciser le traumatisme de 2008 causé par un « détournement de démocratie » qu’il a lui-même orchestré.

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En finir avec le traumatisme de 2005

Au soir du 29 mai 2005, après des semaines de débats inintelligibles et d’arguties juridiques et politiques brumeuses, Jacques Chirac, Président de la République, la mine sombre, s’exprimait devant les Français qui, à près de 55%, venaient d’exprimer leur refus de voir leur pays ratifier le traité établissant une constitution pour l’Europe.

Le regard grave et la voix inquiète, Jacques Chirac affirma prendre acte de la décision du peuple souverain, tout en s’empressant d’ajouter qu’elle créait « inévitablement un contexte difficile pour la défense des intérêts de la France en Europe ». En conclusion d’une allocution aussi brève que solennelle, il déclara vouloir répondre aux inquiétudes et aux attentes exprimées par le peuple français en donnant une impulsion nouvelle et forte à l’action gouvernementale.

Cette réponse, ce fut non pas Jacques Chirac qui l’apporta, mais son successeur, en faisant voter trois ans plus tard par voie législative ce que le peuple souverain avait refusé par référendum.

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Interview avec Laurent Bouvet – Politologue et essayiste

Contrairement à nos habitudes, ce n’est cette fois-ci ni une journaliste star d’un média de droite, ni une sommité philosophique, ni même un porte-voix intellectuel du conservatisme que nous rencontrons. Homme de gauche revendiqué, longtemps proche du Parti Socialiste, Laurent Bouvet tranche néanmoins clairement avec le sectarisme et la vacuité intellectuelle qui caractérisent désormais ce qu’il reste de cette famille politique, tout comme il combat férocement les dérives identitaires qui la minent. Professeur de sciences politiques, politologue et essayiste bien connu, l’auteur de L’insécurité culturelle a participé à la création du collectif Printemps républicain, symbole de la résurgence de la gauche républicaine, avec lequel il défend inlassablement la laïcité et les valeurs de la République dans le débat public. C’est donc naturellement que nous avons abordé ces sujets avec ce « républicain de l’autre rive ».

 

La Nouvelle Garde : Lorsque nous avons été rapidement présentés par Mathieu Bock-Côté, nous vous avions dit que vous représentiez le retour de la gauche jacobine, en référence aux différentes gauches que circonscrit Jacques Julliard dans Les gauches françaises. Un qualificatif que vous avez rejeté pour lui préférer la gauche républicaine. Dans quelle tradition historique vous situez vous et situez-vous le collectif auquel vous appartenez ?

Laurent Bouvet : Il existe au sein du Printemps républicain de nombreuses sensibilités différentes, sur des sujets aussi divers que l’Europe ou l’économie par exemple, mais qui ont en commun le souhait de défendre les valeurs de la République qui sont aujourd’hui attaquées de toute part. Il m’est donc bien difficile de parler en leur nom.

En ce qui me concerne, je fais une différence importante entre la gauche jacobine et celle républicaine. Le jacobinisme a une histoire très spécifique. Certains éléments de cette histoire sont tout à fait acceptables, comme la verticalité et donc l’autorité de l’Etat, qui est d’ailleurs une idée prérévolutionnaire, la Révolution n’ayant modifié que la nature de la source de cette légitimité. Cette tradition politique française, cette « colonne d’air » comme disait Michelet entre le bas et le haut de la société. D’autres éléments du jacobinisme me sont moins sympathiques, comme par exemple la légitimation de la violence politique même si elle est faite « au nom du peuple ». Seul l’Etat, démocratique, qui en a le monopole légitime, peut l’exercer dès lors qu’il agit dans le cadre du droit. Cette même violence qui s’est déchainée lors des épisodes de la Terreur par exemple, ou que l’on retrouve dans l’anarcho-syndicalisme du XIXe siècle et dans la gauche totalitaire du XXe siècle. Dans le jacobinisme, le peuple est à la fois considéré comme la source d’une légitimité politique et d’une violence légitime. Il confond en un sens le populus avec la plebs.

Ce sont les raisons pour lesquelles je préfère le terme de républicain à celui de jacobin.

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Interview avec Frédéric Rouvillois – Spécialiste de l’histoire politique et essayiste

C’est chez lui, au cœur du IXe arrondissement, que Frédéric Rouvillois nous fait l’honneur de nous recevoir. Juriste, essayiste, spécialiste de l’histoire politique, Frédéric Rouvillois est à la pointe du combat pour la réhabilitation d’un conservatisme qui s’assume dans le paysage politique français et dans le débat d’idées. Il a, à cet effet, dirigé en 2017 la rédaction de l’imposant Dictionnaire du conservatisme, et porte avec Chantal Delsol l’initiative de la Fondation du Pont Neuf, le « Terra Nova de droite ». C’est donc tout naturellement que notre discussion avec cette figure intellectuelle de la droite s’est portée sur ce courant politique si déprécié ainsi que sur les conditions préalables à son émergence en tant que véritable force politique.

 

La Nouvelle Garde : Avant d’en arriver aux questions plus spécifiquement liées au conservatisme et aux conditions de son infusion dans le tissu social, une question, à dessein pessimiste nous brûle les lèvres.

Que reste-t-il à conserver ? 

La gauche libérale-libertaire, à l’œuvre depuis près de cinquante ans en France n’a-t-elle pas fait trop de dégâts ? Il y a certes une nouvelle exigence assumée de limites et de permanence de la part des Français, mais ceux-là sont également les premiers à plébisciter les avancées sociétales et les révolutions techniques qui témoignent et résultent d’une illimitation des désirs et de l’éclatement des repères ? 

Frédéric Rouvillois : C’est la grande question qui se pose, à laquelle les prophètes de malheur tendent à répondre : « plus rien ».

Cependant, eux-mêmes savent pertinemment qu’il reste toujours quelque chose à conserver. Dans le cas contraire, ils ne s’embarrasseraient même pas à se poser la question. Dire qu’il ne reste plus rien à conserver, c’est faire l’effort préalable de penser à ce qui aurait mérité de l’être. Et c’est cet effort préalable qui leur permet d’arriver à cette conclusion qui paradoxalement nous autorise à déterminer la nature des principes et des traditions qui doivent être conservés.

Et qu’est-ce que c’est ? Je dirais que c’est avant tout l’essentiel, et que cet essentiel n’est pas perdu à condition que chacun d’entre nous se retrousse les manches et accepte que le combat sera long. C’est là la grande différence à mon sens entre le conservateur et le réactionnaire. Le réactionnaire est un incorrigible défaitiste qui, parce qu’il n’existe plus aucune chance de succès dans le combat à venir pour ses valeurs, préfère se réfugier dans le passé. Et si possible dans le passé le plus lointain afin de trouver enfin un âge d’or de l’humanité.

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Monsieur le Premier Ministre, vous nous avez déçus.

Il y a quelques jours Manuel Valls annonçait son désir de briguer la mairie de Barcelone. Si son souhait de tenter sa chance et de relancer sa carrière dans la capitale catalane était connu depuis plusieurs mois, nous ne pensions pas qu’il oserait réellement franchir le Rubicon. En l’occurrence les Pyrénées.

Certes Manuel Valls est né à Barcelone, mais ses parents vivaient déjà en France. Certes il est né en Espagne, mais la majeure partie de son instruction se fit en France. Certes il est né en Catalogne, mais il choisit de faire de la politique en France. Et il commença tôt. D’abord au MJS dans lequel il s’engagea pour soutenir Michel Rocard puis à l’UNEF pendant ses études d’histoire à Tolbiac. Ce fut ensuite la politique élective. Conseiller régional d’Ile-de-France à seulement 24 ans, et ce pendant 16 ans. Maire d’Evry à 39 ans, et ce pendant 11 ans. Député à 40 ans, il siégea à l’Assemblée Nationale  dans discontinuer pendant 16 ans, à la notable exception de la période 2012-2017 où il fut successivement Ministre de l’Intérieur puis Premier Ministre et enfin candidat à la primaire du Parti Socialiste pour représenter la gauche française à l’élection présidentielle.

Un cursus honorum comme la France en raffole. Malgré son échec face au candidat Hamon, il choisit de se représenter à nouveau à Evry en endossant l’étiquette du parti majoritaire, déclarant vouloir aider le Président de la République nouvellement élu à engager la refondation politique qu’il avait portée sans avoir pu la mettre en place.

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Interview avec Charles Beigbeder – Entrepreneur et homme politique

Nous avons eu, durant ces beaux mois d’été, le plaisir d’interviewer Charles Beigbeder. En parallèle d’une brillante carrière dans l’entrepreneuriat et la finance, Charles Beigbeder est un homme impliqué dans la vie de la Cité. Elu dans le VIIIe arrondissement, membre fondateur de l’Avant-Garde, think-tank conservateur-libéral, partisan d’une union des droites, il est récemment devenu actionnaire de L’Incorrect, le magazine qui s’assume comme conservateur et qui se situe aux carrefours des droites. C’est donc tout naturellement que nous avons évoqué avec lui la refondation et la recomposition de la droite en France.

La Nouvelle Garde : Notre première question est à dessein provocatrice. Lors de notre première interview, avec Geoffroy Lejeune, nous avions largement évoqué le sujet des médias, des relais d’opinion et autres influenceurs. Selon lui, la défaite idéologique et sémantique de la droite conservatrice s’est dessinée au moment où la gauche déconstructiviste a délaissé le monde politique pour infiltrer selon la méthode trotskiste les métiers de la transmission (les médias, les universités, le monde de la culture principalement). Elle s’est dessinée plus précisément lorsque ces milieux ont oublié ce qu’Hubert Beuve-Méry appelait le principe de « subjectivité honnête » pour qualifier la ligne éditoriale du Monde, et ont ainsi commencé à présenter leur pensée et leurs opinions comme des faits objectifs. La droite aujourd’hui se lance dans le combat culturel et médiatique en assumant totalement la subjectivité de ses opinions. Elle réplique donc avec 40 ans de retard ce que la gauche a fait par le passé, dans un contexte de défiance terrible envers les organismes de presse et le monde politique et culturel. Par conséquent, la droite n’est-elle pas condamnée à manquer la reconquête des cœurs et des esprits, dans un contexte global pourtant assez favorable ?

Charles Beigbeder : Non, la droite n’est pas condamnée à rester marginale dans l’opinion publique ; elle est même en train d’effectuer un grand basculement idéologique au sein de la population française et plus généralement en Europe occidentale. La reconquête des cœurs et des esprits ne fait donc que commencer. La raison d’un tel virage est double : d’abord, je constate que la droite est mieux armée idéologiquement aujourd’hui qu’il y a 30 ans, qu’elle finit par sortir timidement de l’économisme dans lequel elle s’était longtemps enfermée par honte de son identité et de ses valeurs, qu’elle n’est plus systématiquement à la remorque idéologique de la gauche et qu’elle lui conteste son magistère moral et sa prétention à détenir le monopole de la vérité. Il y a une évolution indéniable du discours politique de droite à ce sujet. Il y a 30 ans, un ministre de droite affirmait que l’immigration était une chance pour la France. Aujourd’hui, celui qui tiendrait de tels propos serait marginalisé dans son camp. Ensuite, c’est l’évolution des faits qui donne raison à ceux qui prêchaient dans le désert il y a 30 ans. Les mouvements dits populistes que l’on voit partout en Europe ne sont qu’une réaction naturelle de la France des oubliés contre les excès de l’immigration et du mondialisme qui ont dégradé leurs conditions de vie. La droite ne fait donc qu’accompagner un mouvement qui vient des profondeurs du réel.

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